Sur la Médisance, l^e partie, t. VI, p
2. M. Sainte-Beuve lui-même énumère et confirme la plupart de ^ justes reproches qu'on peut adresser à Pascal. Port-Royal, t. III, !'■ 58 sqq.
Qu'on veuille donc bien se mettre pour un instant au point de vue et à la place de notre prédicateur. Cet homme, dont le cœur est aussi droit que l'esprit, voit un ordre qui lui est cher, auquel il a consacré sa vie, attaqué, combattu sans trêve par des adversaires qui dénaturent les intentions, enveniment les moindres paroles, faussent les textes et quelquefois les inventent. Il lit ces nulle pamphlets jansénistes, aujourd'hui perdus ou ensevelis dans la poussière des bibliothèques, et qui renouvelaient chaque jour les railleries de Pascal, avec le génie en moins et la grossièreté en plus. Il entend même les plus célèbres et les plus estimés des jansénistes, même l'honnête Nicole, soutenir charitablement que toutes ces invectives et ces satires a n'ont pas pour fm unique de faire rire » aux dépens des bons Pères, qu'on ne s'y propose, au contraire, d'autre but « que l'utilité de l'Église et des jésuites ^ » Avouons qu'une polémique si peu scrupuleuse sur les moyens autorisait Bourdaloue à ne point garder de ménagements, et ne lui faisons point un crime même de jugements trop durs et de soupçons mal fondés. Tout compte fait, si Ton comparait les passages des Sermons et des Pensées où les jansénistes sont attaqués avec les livres de ces derniers contre les jésuites, ce ne seraient pas les adversaires de Bourdaloue qui obtiendraient le prix de la mO' dération.
Nous avons insisté un peu longuement sur ce caractère d'opposition au jansénisme, si fortement accusé cbes Bourdaloue, parce que ce côté de sa prédication est un des plus importants, et, jusqu'ici, un des moins remarqués. Quiconque lira attentivement un grand nombre de sermons et pénétrera les intentions secrètes qui se cachent sous les formes réservées du langage, trouvera que la préoccupation du jansénisme fut une des plus ordinaires à
1 . Dans les Commentaires et traduction latine des Provinciaieti publiées sous le pseudonyme de Wendrok. Cité par le P. Daniel, Eniretiena de Cléandre et dEudoxe, édition de Cologne, 1896, p.