LE SERMON SUR LA TEMPÉRANCE CHRÉTIENNE
OÙ tout est servi avec tant de propreté, avec tant d'assaisonnements et tant d'apprêts, avec tant de pompe et tant de magnificence, lorsque autre part on ne mange qu'un pain de douleur, qu'un pain détrempé dans les larmes et dans les sueurs; c'est, dis-je, à ces tables si bien dressées et si bien couvertes, qu'on refusera impunément au souverain Seigneur, de qui seul on tient tout cela, et à qui seul on est redevable de tout cela, les justes hommages qui lui sont dus? Vous en penserez, mes frères, et vous en direz tout ce qu'il vous plaira ; pour moi, quoi que le monde en puisse penser et quoi qu'il en puisse dire, je ne me tairai point sur un devoir si légitime et si raisonnable *. »
On. voit que la gravité du ton relève les détails, comme l'habileté de la conception générale relève le sujet luimême. Bourdaloue sait tout dire sans rien hasarder qui puisse paraître indigne de la parole sainte. Ce n'est point seulement chez lui affaire de goût, d'expérience oratoire, d*art enfin : c'est aussi que l'esprit minutieusement chrétien de Bourdaloue attache en effet aux moindres choses une sérieuse et haute importance, pour peu que la morale et la dévotion chrétienne y soient intéressées.
Le sermon sur la Tempérance chrétienne appartient au recueil des Dominicales. De toutes les différentes parties des œuvres de Bourdaloue, nulle ne mériterait d'être plus connue, et nulle peut-être ne l'est moins. Plusieurs ont lu bon nombre de sermons dans les deux Avents ou dans le Carême qui ne s'avisent pas d'explorer les Dominicales, Ils y trouveraient pourtant les qualités originales de Bourdaloue plus fortement marquées, un intérêt plus soutenu, une sollicitude apostolique plus sensible qu'ailleurs et plus d'évangélique simplicité, enfin un enseignement toujours en rapport avec les préoccupations ordinaires de la conscience et les conditions habituelles de la vie. Ni le Ca^ rême^ ni les deux Avents ne contiennent autant de sermons consacrés tout entiers à ces sujets pratiques que Bourda-