Id., t. XII
radis * . » Joignons à ce témoignage celui de madame de Maintenon, qui n'est pas moins fort : « Comptez, monseigneur, écrivait-elle à l'archevêque de Paris, que presque tous les hommes noient leurs parents et leurs amis pour dire un mot de plus au roi et pour lui montrer qu'ils lui • sacrifient tout. Ce pays-ci est effroyable, et il n'y a pas de tête qui n'y tourne. Défiez- vous de tout ce que vous estimez le plus. Je suis h la source, et c'est ce qui me fait voir trahison sur trahison. La cour change les meilleurs ^. » On voit que ces paroles de la femme la plus prudente et la plus réservée qui fût au monde confirment avec une triste exactitude les jugements de Bourdaloue.
Pour parvenir aux honneurs et s'y maintenir, c'était peu d'intriguer et de s'appliquer à la ruine des autres. Comme on ne pouvait rien attendre que de la faveur, il fallait plaire, et plaire toujours : plaire au maître qui distribuait toutes les grâces, plaire aux favoris et aux favorites du maître, plaire à tous ceux qui avaient quelque influence ou quelque crédit.
« Oui, mes chers auditeurs, et vous le savez mieux que moi; l'idole de la cour, c'est la fortune ; c'est à la cour qu'on l'adore ; c'est à la cour qu'on lui sacrifie toutes choses, son repos, sa santé, sa liberté, sa conscience même et son salut; c'est à la cour qu'on règle par elle ses amitiés, ses respects, ses services, ses complaisances, jusques à ses devoirs. Qu'un homme soit dans la fortune, c'est une divinité pour nous; ses vices nous deviennent des vertus, ses paroles des oracles, ses volontés des lois. Oserai-je le dire ? qu'un démon sorti de l'enfer se trouvât dans un haut degré d'élévation et de faveur, on lui offrirait de l'encens. Mais que ce même homme qu'on idolâtrait vienne à déchoir et qu'il ne se trouve plus en place, à peine le regarde-t-on. Tous ces faux adorateurs disparaissent et sont les premiers à l'oublier ^, »