‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 247 sur 341 · Madame de Sévi^né, lettre du 22 novembre · texte numérisé non relu

Madame de Sévi^né, lettre du 22 novembre

Otez-moi ce luxe d'habits, cette superflaité de train, cet^ vanité d'équipage, cette curiosité de meubles *... »

Bourdaloue avait raison. C'était le luxe excessif qui obérait la plupart des fortunes. Mais ce luxe était nécessaire et commandé. On ne pouvait y renoncer sans quitter la cour, ni quitter la cour sans déplaire au roi. En attirant les nobles près de sa personne, en leur imposant un train de vie ruineux, Louis XIV les appauvrissait par système. Tous étaient contraints d'implorer sa munificence, de solliciter des pensions et des largesses : il les tenait enchaînés par les liens d'une mendicité somptueuse. La magnificence des fêtes données par le roi ou pour le roi entretenait le faste. Celles de Chantilly ne le cédaient en rien à celles de Vaux, a Jamais il ne s'est fait tant de dépenses au triomphe des empereurs, écrit madame de Sôvigné; rien ne coûte ; on reçoit toutes les imaginations sans regarder à l'argent. On croit que M. le Prince n'en sera pas quitte pour quarante mille écus... Il y aura pour mille écus de jonquilles ; jugez à proportion '. » La magnificence des habits n'était pas moindre. Elle plaisait an roi chez les femmes et même chez les hommes. Lui-même, sauf dans les derniers temps de sa vie, en donnait l'exemple. Les jours de cérémonie, il portait « le cordon bien par^ dessus, fort long, avec pour huit ou dix millions de pierreries ^ » Les courtisans n'avaient garde de ne se point conformer au goût du prince, et, la vanité aidant, c'était une émulation de recherche et de dépenses prodigieuses. A l'époque où fut célébré le mariage du duc de Bourgogne, (( le roi s'était expliqué qu'il serait bien aise que la cour y fût magnifique... C'en fut assez pour qu'il ne fût plus question de consulter sa bourse ni presque son état, pour tout ce qui n'était ni ecclésiastique ni de robe. Ce fat

1. Second Avant. 4e dimanche, sur la Pénitence^ 1" partie, 1. 1, p. 342-343.

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