CUPIDITÉ ET PAUVRETÉ DES NOBLES
plus éclatantes,... et qui insultent en quelque façon aux larmes des misérables *. »
« Un des grands avantages de la noblesse, dit éloquemment Joseph de Maistre, c'est qu'il y ait dans l'État quelque chose de plus précieux que l'or. » Cet avantage, la noblesse du dix- septième siècle, loin de s'en montrer la gardienne jalouse, était la première à le mépriser : sa conduite donnait trop souvent à croire qu'à ses yeux même, l'or était plus précieux que tout.
Ce n'était pourtant pas la seule avarice qui entraînait les nobles à poursuivre ainsi les profits les plus suspects et les plus inmioraux : c'était aussi, il faut en convenir, la gêne où se trouvaient la plupart d'entre eux. Ils ne pouvaient le plus souvent subvenir à leurs dépenses. Un honnête homme comme Pomponne, en sortant du ministère, devait trente mille livres de rente'. Bourdaloue, prêchant à ses auditeurs la vraie pénitence, qui consiste surtout à retrancher la cause du péché, prenait cet exemple :
« Vous êtes un homme du monde, un homme distingué par votre naissance, mais dont les affaires, ce qui n'est aujourd'hui que trop commun, sont dans la confusion et dans le désordre... Or, dans cet état, ce qui vous porte à mille péchés, c'est une dépense qui excède vos forces, et que vous ne soutenez que parce que vous ne voulez pas vous régler, et par une fausse gloire que vous vous faites de ne pas déchoir.... Retranchez cette dépense ;... ayant peu, passez-vous de peu. Ne vous mesurez pas par ce que vous êtes, mais par ce que vous pouvez.
1. Dominicales. 22^ dira. ap. la Peutecôte, sur la Restitution ^ l'« partie, t. VII, p. 282.