Correspondance. Lettre du 4 septembre
MAUVAIS EXEMPLES CUJNTÂQIËUX 435
avaient-ils souvent pour mobile moins le ressentiment d'une infidélité que le désir de secouer un joug gênant. La marquise de Gesvres, pour obtenir une séparation d'avec son. mari, arguait de raisons qu'on ne peut rapporter, et, au grand amusement de toute la cour, se soumettait à des épreuves judiciaires et médicales dont Saint-Simon luimême n'ose parler qu'à demi mot*.
L'immoralité ne tarda pas à francbirles limites de ki cour. Les riches bourgeois, ceux dont la fortune pouvait payer les plaisirs, n'eurent garde de rester en arrière. Plus d'un se ruina par ses excès.
« A Dieu ne plaise, disait Bourdaloue dans son sermon sur les Richesses, que je vous conduise, quoique seulement en esprit, dans les maisons de tant de riches voluptueux, dont cette ville est remplie, et que, tirant le rideau, je fasse paraître comme sur la scène toutes les impuretés qui s'y commettent... On demande à quoi cet homme s'est ruiné, et Ton en est surpris. Mais voici d où sa ruine est venue, et d'où elle a dû venir. Une débauche secrète qu'il entretenait, une passion à laquelle il a tout sacrilié, et pour laquelle il s'est piqué de n'épargner rien : voilà ce qui a épuisé ses revenus si clairs et si amples. La convoitise de la chair, cette sangsue, selon la parole de Salomon, qui crie toujours : Apporte, apporte ! et qui ne dit jamais : C'est assez ; voilà ce qui dissipe les biens de la plupart des riches 2. »
Gomme si le mal n'eût point été de lui-même assez prompt à se répandre, les riches et les nobles le propageaient autour d'eux. Leurs domestiques étaient les témoins, souvent les complices obligés de leurs intrigues et de leurs dérèglements. Les valets adroits et les soubrettes complaisantes des comédies du temps ne sont point des personnages de pure invention. Comme il y avait sur la scène du monde des Dorante et des Dorimène, il y fallait aussi des Crispin et des Lisette. Bourdaloue a décrit en