L'AFFAIRE DES POISONS
christianisme *... Entrez dans les cours des princes, descendez dans les cabanes des pauvres, assistez, s'il se peut, aux conseils secrets des politiques de la terre, parcourez les cercles et les assemblées ;... partout vous demanderez s'il y a de la foi, parce que partout vous ne trouverez que scandale et que débordement de mœurs 2. » ^
Telle est Timmoralité partout croissante que Bourdaloue constate. Avant la fin du siècle, la princesse palatine pourra écrire ces effrayantes paroles : a II n'y a plus de vices, ici, dont on ait honte, et si le roi voulait punir tous ceux qui se rendent coupables des plus grands vices, il ne verrait plus autour de lui ni nobles, ni princes, ni serviteurs; il n'y aurait même aucune maison de France qui ne fût en deuil ^ »
Dès le milieu du règne, un procès criminel sans exemple par l'horreur des forfaits, par le nombre des coupables et par la qualité de beaucoup d'entre eux, découvrit tout à coup aux regards épouvantés defs contemporains l'abîme de corruption qui se creusait sous leurs pas. Déjà, en 1676, Marguerite d'Aubray, marquise de Brinvilliers, avait été brûlée en place de Grève, convaincue d'avoir, en compagnie de Sainte-Croix, son amant, peut-être avec d'autres complices, commis ou essayé une multitude d'empoisonnements. Les débats avaient révélé chez cette femme distinguée par la naissance et par la fortune, avec la perversité la plus froide et la plus ingénieuse, une luxure effrénée. L'émotion avait été vive à la cour, à Paris, dans la France entière. On pressentait que tout n'était pas encore connu.
1. Mystères. !•' serm. sur t Annonciation de la Vierge^ 2« partie, t. XT, p. 65.
2. Domiuicales. 3« dira. ap. l'Epiphanie, sur /a Foi, 1" partie, t. V, p. 81-82.