‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 282 sur 341 · MAUVAIS LIVRES ET SOCIÉTÉS SUSPECTES · texte numérisé non relu

MAUVAIS LIVRES ET SOCIÉTÉS SUSPECTES

la simplicité? Si l'on ne fait pas tout le mal, on veut le pouvoir et le savoir faire. Vous diriez que la nature ne soit pas assez corrompue, et (ju'il faille y ajouter l'étude, pour se faire une science de ses désordres mêmes. Parait-il un livre diabolique qui révèle ces mystères d'iniquité, c'est celui que l'on recherche, celui que l'on dévore avec tout l'empressement d'une avide curiosité. Que l'imagination en soit infectée, qu'il fasse des impressions mortelles dans le cœur,... il n'importe, c'est le livre du temps qu'il faut avoir lu *. »

Il est vraisemblable qu'ici Bourdaloue fait allusion à la Cow/i?«s2ow de la marquise deBrinvilliers, que tout le monde alors se passait de main en main, tissu de crimes et de débauches, « de nature à étonner l'imagination la plus dévergondée ^. )) La Bruyère ne nous parle-t-il pas aussi de ces femmes qui se font prêter secrètement les Annales galantes ou le Journal amoureux ? C'est un trait accusé des mœurs de ce temps que « cette curiosité de savoir ce qui doit faire horreur à penser ^. » Fascinés par ce mystérieux attrait du fruit défendu, et comme des enfants toujours en éveil pour s'instruire des secrets du mal, beaucoup se plaisaient au spectacle d'une corruption plus grande que la leur. Par là s'explique le bizarre mélange que Ton rencontre au dix-septième siècle jusque dans les sociétés les plus hautes. Des hommes graves fréquentaient sans scrupule les Chapelle, les Saint-Pavin et les Chaulieu. Armand de Bourbon, prince de Conti, se partageait entre les amitiés les plus dévotes et les compagnies les plus libertines, tantôt écrivant contre la comédie avec l'austérité d'un docteur de l'Église, tantôt faisant, avec son ami

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