Lettre du 2 novembre
son dépravée, à sa concupiscence, a inventé, pour se satisfaire, des crimes que la seule concupiscence ne lui aurait jamais inspirés ; et que comme il n'y a que l'homme entre les animaux capable d'être chaste par vertu et au-dessus des lois de la nature, aussi n'y a-t-ii que l'homme capable d'être yicieux et emporté au delà des bornes de la nature même. Ainsi saint Ghrysostome le déclarait-il, dans l'exemple de ce^ villes abominables dont il est parlé au livre de la Genèse, et sur qui Dieu fit éclater l'ardeur de sa colère. Villes infortunées, dont l'exécrable péché en a perverti tant d'autres ! car combien Dieu n'en voit-il pas d'aussi criminelles, peut-être jusques au milieu du christianisme ! et s'il ne les punit pas en faisant pleuvoir sur elles le souffre et le feu, combien de vengeances secrètes, mais encore plus terribles, n'exerce-t-il pas tous les jours contre ceux qui renouvellent de pareilles abominations? N'est^sa pas ce que nous veut faire entendre saint Paul, quand il nous les représente abandonnés de Dieu, et livrés aux passions les plus honteuses ? et quoique l'Apôtre n'ait pas fait difficulté de s'en expliquer ouvertement, oserais-je, tout ministre que je suis de l'Évangile, user ici des mêmes expressions? Je craindrais que, toutes consacrées qu'elles sont, elles ne blessassent votre pudeur, et plût à Dieu que le démon de la chair ne tous eût jamais ouvert les yeux pour comprendre ce que je ne puis dire, et qu'il fût toujours dangereux d'en parler, de peur d'apprendre aux chrétiens ce qu'ils ignorent * ! »
On voudrait savoir si Monsieur, frère du roi, entendit ces paroles. Quoi qu'il en soit, tous ceux qui nous ont parlé de ses mœurs, à commencer par la princesse palatine, sa femme, donneraient de ce passage éloquent de Bourdaloue un commentaire que notre respect du lecteur nous interdit de leur emprunter.
Au temps de Bourdaloue, bien des livres clandestins racontaient complaisamment ces hauts faits de la perrersité. Les lecteurs ne manquaient point, même parmi ceux dont la vie était moins licencieuse.
(( Où est aujourd'hui, demande Bourdaloue, rinnocence et 1. Sur Clmpurett^, 1" pnrtie, p. 80,