‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 291 sur 341 · IRRÉVÉRENCES DANS LES ÉGLISES · texte numérisé non relu

IRRÉVÉRENCES DANS LES ÉGLISES

maisons d'intrigues et de eoinmerces... Ce qui me fait gémir, c'est que la calomnie suscitée du temps de Tertullien contre les fidèles, savoir que les plus honteux engagements se formaient et s'entretenaient à la faveur des autels, inter aras lenocinia tractari; que ce reproche, dis-je, qui fut dans ces premiers siècles une imposture, ne soit dans le nôtre qu'une trop juste accusation *. »

On voit avec quelle énergie et quelle insistance Bourdaloue s'élève contre ces profanations. Nous ne pouvons tout citer. Il est pourtant un passage encore où le prédicateur a rassemblé dans une peinture complète et précise toutes ces « irrévérences criminelles et même abomina- Mes 2. » Ne retranchons presque aucun trait de ce tableau pris sur le vif.

« Là (à l'église), quels sujets occupent l'esprit, et de quelles idées, de quelles imaginations se repait-il? Pensées frivoles, pensées vagues et sans arrêt, égarements continuels, mille ré-p flexions confuses, mille raisonnements, ou plutôt mille rêveries . Là, quels sentiments forme le cœur? souvent les plus vains, les plus mondains et même les plus corrompus et les plus sensuels... Là, quelle est la matière des entretiens? on laisse les ministres de l'Église s'acquitter de leurs fonctions ; on les laisse parler à Dieu, chanter les louanges de Dieu, célébrer les offices divins, consacrer le corps de Jésus -Christ, l'offrir en sacrifice soit pour eux-mêmes, soit pour tous les assistants : mais ces mômes assistants, que font-ils? Ils lient ensemble d'oisives conversations, tiennent même les discours les plus dissolus, s'attroupent quelquefois comme dans un cercle, et mêlent leurs voix à celles des prêtres, non pour prier, mais pour se réjouir et pour plaisanter. Là, de quelle manière agit-on, et comment se comporte-t-on? Quelles contenances négligées et peu séantes 1 quels mouvements de la tête pour observer tout ce qui se passe autour de soi, et jamais ce qui se passe à l'autel et devant soi ! Daigne-t-on fléchir quelques moments

1. Carême. Lundi de la 4« semaine, sur le Sacrifice de la messe y ire partie, t. 111, p. 251-252.

2. Panégyriques. Sevm, pour la fêle de saint Andréa 2« partie, t. Xll, p. 25.

le genou, on se lève bientôt, on- s'assied, on se tonme de tons les côtés, selon que le capiice Tinspire, ou que la commodité le demande. Je dis ce qui paraît : mais que serait-ce si je Tenais à percer le mur ? Que serait-ce si, donnant à cette morale toute son étendue, je venais à découvrir ces œuvres d'iniquité, ces œuvres de ténèbres, qui se dérobent à la vue des hommes, mais qui ne peuvent échapper à la vue de Dieu? Car vous yoyez tout. Seigneur : vos yeux, suivant la comparaison de votre Apôtre, sont plus pénétrants que le glaive le mieux affilé. Et qu'aperçoivent-ils, ô Dieu de pureté, et la pureté même ^t...

Quand on voit ainsi l'esprit du christianisme et l'esprit du monde, la dévotion et le vice se partager même la maison de la prière, on est forcé de convenir^ malgré la contradiction apparente des .termes, qu'au dix-septième siècle une partie considérable de là société, et la partie la plus haute, fut à la fois religieuse et corrompue. On respirait en quelque sorte une atmosphère religieuse; mais de même que lair le plus pur et le plus vivifiant no suffit pas à guérir une poitrine malade, de même la religion, quoique fortifiée par une saine réforme, et en apparence victorieuse, ne put étouffer les germes funestes dont la constitution vicieuse du corps social, la contagion des pernicieux exemples, enfin le mauvais régime avaient préparé le développement.

Outre les demi-chrétiens, religieux sans mauvaise foi, mais par bienséance, par habitude, et par un reste de fidélité pour ainsi dire traditionnelle, beaucoup affectaient de l'être par calcul, par intérêt et par politique : à côté des faibles et des inconséquents, il y avait les hypocrites. Cette lèpre de l'hypocrisie fit de rapides progrès dans la seconde moitié du règne, alors que le prince, voulant imposer à tous la résipiscence à laquelle il était revenu luimême, faisait de la piété apparente une condition de la faveur, et promettait imprudemment a qu'il saurait bon gré )) aux courtisans de faire leurs pâques '. Ce zèle, dont

1. Essai (f Octave du SainUSacrement, 6« jour, t. XV, p. 409410.

Page 1