‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 292 sur 341 · LES HYPOCRITES · texte numérisé non relu

LES HYPOCRITES

Bourdaloue ne pouvait blâmer Louis XIV, avait ses périls, que le prédicateur ne se dissimulait pas.

a J'ai la consolation, chrétiens, de parler à des auditeurs pour qui le respect humain n'a dû jamais être un scandale moins dangereux, ni un obstacle plus aisé à vaincre qu'il l'est aujourd'hui, parce que je prêche dans la cour d'un prince qui, plus zélé que jamais pour les intérêts de Dieu, donne du crédit à la religion... Ce que j'aurais à craindre pour vous, c'est, que vous ne fussiez même exposés à un autre respect humain, et qu'au lieu que le respect humain faisait autrefois à la cour des libertins, il n'y fit maintenant des hypocrites. Ce que j'aurais à craindre, c'est que vous ne fussiez ou que vous ne parussiez chrétiens que par la seule considération du monde, ne servant Dieu que dans la vue de l'homme, au lieu de servir Dieu dans l'homme et de servir l'homme pour Dieu. Voilà l'effet que pourrait avoir contre ses propres intentions la piété d'un roi fidèle à Dieu et défenseur du culte de Dieu : car de quoi n'abuse-t-on pas * ? »

Bourdaloue savait le fond qu'il fallait faire sur la dévotion de ces hommes qui « font servir à leur fortune Dieu et la religion, » de sorte, ajoute spirituellement le prédicateur, que « la piété qui, pour chercher Dieu, doit renoncer à tout, par un renversement déplorable se trouve utile à tout, hors à chercher Dieu et à le trouver ', » Était-ce bien en effet pour plaire à Dieu que les courtisans se pressaient dans la chapelle de Versailles, le visage tourné, non pas vers l'autel du Seigneur, mais vers la tribune du roi? Dans son panégyrique de saint François de Paule, Bourdaloue montrait éloquemment le pieux ermite, dans le palais de Louis XI, « faisant sa cour au Roi du ciel pendant que les autres la faisaient au roi de la terre '. » Les courtisans de Louis XIV réunis dans le sanctuaire de

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