‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 298 sur 341 · PRÊTRES SANS VOCATION · texte numérisé non relu

PRÊTRES SANS VOCATION

les choses changeaient de face, sa vocation changerait de même. Tandis qu'il aura un aîné, elle subsistera... Cet aine n'a pas été en naissant assez favorisé de la nature, et manque de certaines qualités pour soutenir la gloire de son nom : sans égard aux vues de Dieu sur lui, on pense, pour ainsi dire, à le dégrader, on le rabaisse au rang du cadet, on lui substitue celuici, et pour cela on extorque un consentement forcé ; on y fait servir Tartifice et la violence, les caresses et les menaces... Car, dans ce département des conditions, fait par des parents aveugles et prévenus de l'esprit du monde, si de plusieurs enfants qui composent la même famille, il y en a un plus méprisable, c'est toujours celui à qui les honneurs de l'Église sont réservés. S'il est disgracié, mal fait, ou s'il n'a pas l'inclination du père et de la mère, dès là, il faut en faire un bénéficier. 0 impiété!.'., maintenant on ne donne point d'enfants plus volontiers à Dieu que ceux qui ont moins de part à la bienveillance paternelle; et quand on les juge indignes de soutenir l'honneur de leur naissance, on les estime capables d'être les ministres de Jésus- Christ et les dispensateurs de ses mystères... L'établissement de cette fille coûterait : sans autre motif, c'est assez pour la dévouer à la religion. Mais elle n'est pas appelée à ce genre de vie : il faut bien qu'elle le soit, puisqu'il n'y a point d'autre parti à prendre pour elle. Mais Dieu ne la veut pas dans cet état : il faut supposer qu'il l'y veut, et faire comme s'il l'y voulait. Mais elle n'a nulle marque de vocation : c'en est une assez grande que la conjoncture présente des affaires et la nécessité. Mais elle avoue elle-même qu'elle n'a pas cette grâce d'attrait : cette grâce lui viendra avec le temps, et lorsqu'elle sera dans un lieu propre à la recevoir. Cependant on conduit cette victime dans le temple, les pieds et les mains liés, je veux dire dans la disposition d'une volonté contrainte, la bouche muette par la crainte et le respect d'un père qu'elle a toujours honoré. Au milieu d'une cérémonie, brillante pour les spectateurs qui y assistent, mais funèbre pour la personne qui en est le sujet, on la présente au prêtre, et l'on en fait un sacrifice qui, bien loin de glorifier Dieu et de lui plaire, devient exécrable à ses yeux, et provoque sa vengeance.

« Ah ! chrétiens, quelle abomination ! Et faut-il s'étonner, après cela, si des familles entières sont frappées de la malédiction divine? Non, non, disait Salvien par une sainte ironie, nous ne sommes plus au tepips d'Abraham, où les sacrifices

des enfants par les pères étaient des actions rares. Rien maintenant de plus commun que les imitateurs de ce grand patriarche. On le surpasse même tous les jours : car, au lieu d'attendre comme lui l'ordre du ciel, on le prévient. On immole un enfant à Dieu, et on l'immole sans peine, même avec joie ; et on l'immole sans que Dieu le commande ni même qu'il Pagrëe ; et on l'immole lors même que Dieu le défend, et qpi'il ne cesse point de dire : Non eœtendas manum super puerum (Gènes. 22) K »

A-t-on jamais protesté en termes plus forts et avec une indignation plus éloquente contre ce mépris de la vocation, contre ces abus odieux de Tautorité paternelle, où les droits de la nature ne sont pas moins foulés aux pieds que les droits de Dieu, mais dont la plupart des pères ne semblaient pas soupçonner alors la double impiété? Entreprendrons-nous de citer des exemples de tous ces calculs, de toutes ces combinaisons intéressées dont vient de nous parler Bourdalouc ? Gomment se borner et comment choi* sir dans la multitude des faits? Essaierons-nous seulement de compter tous les ministres donnés à l'Église par la seule famille des ducs de La Rochefoucauld, « accoutumés depuis longtemps à ne vouloir chez eux qu'un successeur pour recueillir tous les biens et toute la fortune du père, à ne marier ni filles ni cadets, qu'ils comptcdent pour rien, et à les jeter à Malte et dans l'Église^ ? » Gel aîné disgracié qu'on dévoue à Tautel en y faisant servir a l'artifice et la violence, les caresses et les menaces, » n'est-ce point, entre autres, le comte de Dunois, l'aîné des fils de madame de Longueville, a contraint à une vie ecclésiastique qu'il n'embrassait que par incapacité de figurer à la guerre ou à la cour ? » Sa mère a se faisait pourtant scrupule de le violenter... La famille, au contraire, le prince de Gondé

1. DomiDicales. !•' Dim. ap. TÉpiphanie, sur le Devoùr dei pèret par rapport à la vocafion de leurs enfants^ i» partie. — GavAnM. Mercredi de la 2' semaine, sur r Ambition, !•• partie, t V, p. 10*1 J. et t. II, p. 373.

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