‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 297 sur 341 · BOURDALOUE ET LE TARTUFFE DE MOLIÈRE · texte numérisé non relu

BOURDALOUE ET LE TARTUFFE DE MOLIÈRE

nipule les plus grossières injustices ; et je serais inûni si j'en mlais produire toutes les espèces *. » ^

Ne croyez pas que cette « simplicité » ne mérite, aux mx de Bourdaloue, que de la pitié. Il la tient pour îmirdonnable, et la menace des plus rigoureux châtiments,

« On demande si ceux qui se laissent surprendre de la sorte •nt excusables devant Dieu;... si les défauts de conduite qui essent la charité et la justice envers le prochain seront censés irdonnables au tribunal du souverain Juge, parce qu'on prendra avoir été trompé et séduit par l'hypocrisie... Et moi, je tponds que cette excuse sera l'une des plus frivoles dont un irétien se puisse servir,... et que, bien loin de mériter grâce, 3US sommes doublement coupables auprès de Dieu, et du déirdre causé par notre erreur, et de notre erreur même 2. »

On voit que si Bourdaloue est rigoureux pour Molière, ne ménage point Tartuffe et n'épargne pas Orgon. Car il n'y avait point d'Orgon, il n'y aurait pas de Tartuffe, : le libertin n'aurait plus occasion de jeter sur la vraie iété comme sur la fausse le soupçon et le discrédit.

Les mœurs d'une grande partie du clergé et les abus ui régnaient trop souvent dans son sein n'étaient pas faits our remédier à l'impuissance, chaque jour plus visible, e la religion. La prévoyance de Bourdaloue s'alarmait es périls dont ces abus devaient être la source pour la )i. Trop prudent pour dévoiler inutilement aux regards es profanes les plaies intérieures de l'Église, il avait aussi un trop haut point le sentiment de la Hberté et de la esponsabilité apostoliques pour qu'un respect pusillanime rrétât sur ses lèvres la condamnation nécessaire de dé-

i. Dominicales, sur r Hypocrisie, 3' partie, t. 229, 230. 2. Ibid., p. 230,231.

sordres aussi funestes que scandaleux. Mieux vaut faire éclater le scandale que de trahir la vérité*, avait dit le grand saint Grégoire. Bourdaloue se souvenait de cette belle parole et la mettait en pratique. Il savait a que la désolation du christianisme était venue, dans tous les temps, beaucoup moins des peuples que de ceux qui les devaient conduire ^ » Aussi personne, à notre connaissance, n*a plus clairement aperçu, plus nettement déterterminé ni plus énergiquement combattu les vices do clergé dans notre ancienne société.

Le premier de ces vices, et le principe de tous les autres, c'est qu'on embrassait l'état ecclésiastique, non par vocation, mais par des convenances et des intérêts de famille, par des calculs d'avarice ou d'ambition. Écoutons Bourdaloue, qui ne tarit pas sur ce grave sujet.

« A peine cet enfant est-il né, que TÉglise est son partage; et Ton peut dire de lui, quoique dans un sens bien opposé, ce qui est écrit dlsaïe, que dès le ventre de sa mère il est destiné à l'autel, non par une vocation divine, comme le prophète, mais par une vocatron humaine. Ab utero voccUfii me (Isaîe, 49) ^, « Vous diriez que cet abus ait désormais passé en loi, et que Dieu, avec toute la supériorité de sa sagesse et de sa gr&ce, soit obligé de s'y assujettir... Quoi! il faudra que Dieu en passe par votre choix, et qu'il soit réduit, pour ainsi parler, à recevoir cet enfant aux plus saintes fonctions de l'Église, parce que cela vous accommode, et que vous y trouvez votre compte?... Ce cadet n'a pas l'avantage de l'aînesse : sans examiner si Dien le demande, ni s'il l'accepte, on le lui donne... 11 suffit qu*ii soit le cadet de sa maison, pour ne pas douter qu'il ne soit dès là appelé aux fonctions redoutables de pasteur des âmes. Si

1 . Melius est ut scandatum otnatur quam ut ventas reHnguatur.

2. Exhortations. Sur la Charité envers un séminaire , 2« partie, t. VIII» p. 96.

3. (( La princesse Bénédicte, la plus jeune des trois sœurs, ftat U première immolée à ces intérêts de famille. Ou la fit abbesse, sans que, dans un Age si tendre, elle sût ce qu'elle faisait; et la marqne d'uue si grave dignité fut uu jouet entre ses mains. » — Bossaet. Or. fun. d'Anne de Gonzague, 1^® partie.

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