DÉSORDRES DU ROI COMBATTUS
qui m'a été confié, c'est à quoi il n'y a pas d'apparence que je me détermine jamais. Je sais trop quelles sont les bornes de mon pouvoir, et l'éclat de votre fortune et de votre dignité ne m'éblouira pas. Qu'arrivera-t-il donc? ce que je dis : qu'il n'y aura ni pâque, ni sacrement, ni culte de religion pour vous, et qu'ensuite on vous remarquera;... que votre mauvais exemple se communiquera, que le libertinage prendra sujet de s'en prévaloir, et que vous serez responsable de l'abus qu'il en fera *. »
Enfin, connaissant les fausses et passagères conversions des années précédentes, il exigeait de plus efficaces et plus durables victoires.
« Saint Augustin ne dit pas que, pour bien communier, il suffit d'avoir remporté quelque avantage sur l'ennemi, ni que nous devions nous contenter d'avoir fait avec lui une simple trêve, et que ce soit assez de nous être soustraits pour un temps de sa sorvitude, et d'avoir gagné sur lui, ou plutôt sur nous-mêmes, une réforme de quelques jours : car cet esprit séducteur ne vous la disputera pas, puisqu'il l'accorde aux plus libertins, et que c'est un artifice dont il se sert pour se les attacher encore plus étroitement. Il y a peu de pécheurs si abandonnés qui, dans ces saints joiu*s, ne se modèrent, ne se contraignent, et n'affectent tout l'extérieur d'un pécheur touché et converti. Mais cela n'est rien, mon cher auditeur; ce n'est point là ce que Jésus-Christ attend de vous... On vous dit que pour recevoir cet Homme-Dieu, il faut que vous vous présentiez à lui avec la palme, c'est-à-dire après avoir vaincu véritablement, efficacement, parfaitement le péché qui règne en vous. Or vous savez que dans cette guerre spirituelle les trêves et les suspensions d'hostilités n'ont point communément d'autre effet que de fortifier de plus en plus votre ennemi, que d'allumer la passion, que d'irriter la cupidité. Vous succomberez donc, par des rechutes encore plus dangereuses, à de nouvelles attaques. Après un intervalle de liberté et de fausse paix, vous vous trouverez plus esclave et plus pécheur que vous ne l'aviez jamais été, et si cela est, vous n'êtes point du nombre de ceux dont Jésus-Christ puisse être reçu en triomphe. »
1. Carême. Dimanche des Rameaux, sur la Communion pascale. Ire partie, p. 159-160.
Si toutes ces paroles s'adressaient à bien d'autres qu'au roi, elles concernaient le roi plus que tout autre ?.
Mais le sermon qui dut faire sur Louis XIY l'impression la plus vive, c'est le terrible sermon sur F Impureté. Il nous est déjà connu. Nous y avons trouvé le contre-coup des sinistres émotions causées par l'affaire des Poisons ; nous avons vu que Bourdaloue avait saisi cette occasion de découvrir l'abîme où le débordement des mœurs précipitait les particuliers, les familles, la société tout entière. Mais c'était principalement sur le cœur du roi que Bourdaloue tentait un effort suprême. Aussi était-il décidé ce jour-là à ne ménager rien, a Dieu, disait-il sans se laisser arrêter par le frémissement que ses hardiesses sans exemple provoquaient dans l'auditoire, Dieu a ses vues, et il faut espérer que sa parole ne sera pas toujours sans effet *. » Rappelons-nous donc qu'à la date où fut prononcé ce sermon, le roi apprenait par des révélations multipliées que sa TÎe, celle de la reine, celle de tous les siens avaient couru peutêtre les plus grands périls ; rappelons-nous que la comtesse de Soissons, autrefois maîtresse du roi, venait de quitter la France, accusée d'avoir fait entendre contre son ancien amant et contre sa rivale des menaces de vengeance, soupçonnée d'en avoir médité l'exécution; rappelons-nous encore que madame de Montespan, quoique menacée ellemême, n'en était pas moins suspecte d'avoir entretenu avec les principaux coupables des relations compromettantes, soit pour se procurer des poudres d^amour qu'elle devait donner à Louis XIY, au risque de mettre en diîmger les jours du prince, soit pour se délivrer par le poison des craintes qu'avait tout d'abord inspirées à sa prévoyance jalouse la faveur naissante de mademoiselle de Fontanges': rappelons-nous toutes ces choses, et nous devinerons les
1. Carême. Dimanche des Rameaux, sur la Communion pOÊcak, l'e partie., p. 164.