CONCLUSION DE CETTE ÉTUDE
de ses œuvres nous a laissée, on conclura de toute cette étude qu'aujourd'hui nous oublions trop ce prédicateur justement applaudi par les plus illustres d'entre ses contemporains, et que tous, nous pourrions beaucoup apprendre à son école.
L'éloquence de Bourdaloue, telle que nous l'avons caractérisée, grave, méthodique, solide, constamment soutenue du nerf de la logique, fait prendre en dédain toutes les vanités et les artifices de la déclamation : on ne peut goûter Bourdaloue sans être dégoûté des rhéteurs.
Sa doctrine et l'esprit dont elle s'inspire rétablit dans toute sa pureté cette religion de nos pères si souvent défigurée et méconnue, cette foi sérieuse et raisonnable, cette morale élevée, agissante, sévère, à la fois étroite parce qu'elle ne transige pas, large parce qu'elle est accessible à tous.
La peinture morale, qui occupe, nous venons de le voir, une si grande place dans ses discours, nous fournit d'utiles lumières sur nous-mêmes, et aussi d'utiles lumières sur un siècle tour à tour trop admiré et trop rabaissé ; siècle qui a mérité de produire Bourdaloue, de le comprendre et de l'admirer, mais qui a mérité aussi d'être représenté par lui sous de sombres couleurs; siècle où les mœurs ne furent pas à la hauteur de l'esprit, du goût et des croyances; siècle enfin que Bourdaloue ne permet ni de dénigrer, ni de regretter.
Quelque jugement d'ailleurs qu'on porte sur Bourdaloue, on emportera de son commerce l'impression toujours salutaire que laisse le spectacle d'un caractère irréprochable et d'une vie toute dévouée au devoir. Lors même qu'on n'apprendrait pas à le goûter, l'éclat de sa vertu en serait relevé plutôt qu'affaibli. Car, s'il se fait de nos jours moins de bruit autour de son nom, c'est principalement parce qu'il a donné à ses contemporains l'enseignement le plus pratique, le plus utile, le mieux fait pour eux; c'est qu'il a été ce qu'il voulait être, le prédicateur le plus capable d'assurer le salut de ceux qui l'écoutaient. Trop solide-
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ment humble pour convoiter la gloire humaine, ce saint religieux ne désirait que ce qu'il fallait de renommée pour faire écouter la parole de Dieu. Cette récompense lui fut donnée : il n'en demandait pas d'autre à la terre. Les seules couronnes qu'il ambitionnât après le tombeau, c'étaient celles que les hommes ne peuvent donner et que le temps ne peut flétrir.