Carême, T. IV, p
De toutes les qualités oratoires de Bourdaloue, la plus apparente et la moins contestable, c'est sa fécondité. Nous n'entendons point par ce mot cette abondance d'élocution qui permet à un prédicateur exercé de monter en chaire presque chaque jour, et de suffire aux besoins sans cesse renouvelés du saint ministère. N'être jamais à court de mots et ne jamais paraître à court de pensées, c'est un mérite vulgaire qui se concilie fort aisément avec la médiocrité : pour l'acquérir, ni le talent, ni la vigueur de l'esprit, ni les études profondes ne sont nécessaires : une certaine facilité naturelle suffît, développée par l'habitude, et pour ainsi dire par la pratique du métier. Ne confondons pas la faconde avec la fécondité. Une pareille confusion, est-il besoin de le dire? n'est point à craindre chez un prédicateur qui se faisait de sa mission l'idée austère que nous venons de voir. Bourdaloue prêcha constamment durant trente-quatre années. Célèbre au lendemain du premier sermon qu'il fit entendre à Paris, sa renommée se soutint jusqu'au dernier jour. Il se répétait, nous le savons *, mais moins qu'on ne se l'est quelquefois imaginé, et pas plus sans doute que ne le faisaient la plupart des prédicateurs célèbres, Bossuettout le premier. Entre les discours qui nous restent, on peut justifier des préférences, on ne saurait marquer une Véritable inégalité, encore moins signaler des défaillances : et ces discours qui ne formeraient probablement pas la moitié de ses œuvres complètes si elles nous étaient parvenues, ces discours tous solides, tous instructifs, tous conformes aux conditions rigoureuses que l'orateur s'était lui-même imposées, s'élèvent, nous l'avons vu, au nombre de plus de cent cinquante, sans compter les desseins et les esquisses.