‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 41 sur 341 · FÉCONDITÉ DE BOURDALOUE · texte numérisé non relu

FÉCONDITÉ DE BOURDALOUE

Ce seul chiffre suffit à faire voir quelles étaient les ressources merveilleuses de ce puissant esprit.

On en jugera mieux encore si l'on veut comparer Bourdaloue à lui-même dans les divers sermons dont le titre est analogue ou identique. A voir combien chaque discours est nourri, abondant, complet, on croirait volontiers que Bourdaloue n'a plus rien à dire, qu'il a épuisé son fonds d'idées et de réflexions sur la matière. Il n'en est rien. Que l'évangile du jour ramène une autre fois le même sujet, Bourdaloue ne craindra pas de l'aborder encore : il le traitera d'une autre manière, mais avec une égale force et une égale plénitude. Lisez par exemple les cinq sermons sur le jugement dernier (un seul est resté à l'état de dessein; les autres ont été prononcés), et voyez comme à chaque fois Bourdaloue se renouvelle. D'ordinaire, le point de vue général se trouve tout à fait changé ; le prédicateur s'engage dans un ordre d'idées différent, invente une combinaison toute neuve : c'est ainsi qu'il considère, dans le jugement dernier, ici le chrétien confondu par sa foi et l'honmie convaincu par sa raison *, là Dieu se faisant justice à lui-même et faisant justice à ses élus ^ ; on bien encore, nous montrant les craintes que nous inspire en ce monde soit le jugement des autres, soit notre propre jugement sur nous-mêmes, il nous fait pressentir quelles craintes bien autrement terribles nous feront trembler au tribunal de Dieu ^. Quelquefois ce qui n'était qu'un point particulier ou même qu'un détail dans un sermon précédent devient le fond de tout un discours. Ainsi cette idée plusieurs fois exprimée dans les divers sermons sur le ju gement dernier, que Dieu viendra juger les hommes en personne et seul, est le germe du sermon qu'il esquisse dans le Dessein (TAvent *. « Le jugement que nous portons contre nous-mêmes, dit-il encore dans son sermon

Page 1