Édition de Versailles, t. XVI
Louis Bourdaloue naquit à Bourges vers la fin du mois d'août 1632 % d'une des familles les plus honorables et les plus chrétiennes de la magistrature du Berry. Son père, Etienne Bourdaloue, était conseiller au présidial de Bourges, et, plus tard, en devint le doyen. Serait-il téméraire de découvrir l'influence de la profession paternelle et du milieu de jurisconsultes et de magistrats oii Bourdaloue passa son enfance dans ces interprétations si sûres, dans ces applications si pratiques de la loi chrétienne, qui forment le caractère le plus accusé de sa prédication, et qui lui assurèrent, dans la chaire comme au confessionnal, une si grande autorité? Entre la théologie morale, où excella Bourddoue, et la jurisprudence, il y a plus d'affinités qu'on ne suppose. Nous savons du moins que le talent de la parole fut un héritage qu'il tenait de son père. Celui-ci, nous dit le P. Bretonneau, avait acquis de la réputation dans sa province, « par une grâce singulière à parler en public. »
Le jeune Bourdaloue fut élevé pieusement par sa mère femme d'un esprit distingué et d'une grande vertu, qui eut le bonheur de connaître toute la gloire de son fils, et qui, presque nonagénaire, le précéda de peu dans la
1. On ne peut déterminer le jour avec certitude. Le P. Bretonneau, et tous les autres après lui, ont donné la date du 20 août. Mais l'acte de baptême retrouvé en 1842 par M. Chevalier de Saint- Aujaud, alors bibliothécaire à Bourges, porte la daté du 29, et ne mentionne pas que l'enfant ait été ondoyé auparavant. Il semble diffi<:ile d'admettre qu'on ait attendu neuf jours pour le baptiser. Un éi long intervalle est contraire aux usages d'autrefois, comme aux prescriptions tie l'Église. Il faudrait donc reculer de quelques jours la naissance de Bourdaloue et la fixer au 26 ou au 27 août 1632 V. la Sotice sur Bourdaloue de M. Chevalier de Saint-Amand Bourges, 1842.
tombe. Il n'eut qu'une sœur, qui épousa M. de Chamillart- Villate, l'oncle du futur ministre de Louis XIV.
Dès son enfance, on remarqua chez lui les plus heureuses dispositions pour l'étude. Mais la précocité, ce don si souvent perfide de la nature, n'eut point pour lui de périls : car il joignait, à la promptitude et à la facilité de l'intelligence, beaucoup de droiture dans le jugement et de sérieux dans l'esprit. Sa piété, tout de suite vive et ardente, fut aussi de bonne heure raisonnée et réfléchie.
Le Berry avait alors pour gouverneur Henri II de Bourbon, prince de Condé. A l'âge de cinquante et un ans, Boùrdaloue prononcera la tardive oraison funèbre de ce même prince ^ Alors il se souviendra de ses premières années, et, louant dans Henri de Bourbon l'art de se faire aimer des peuples, il se citera lui-même pour témoin. (( J'ai été nourri, chrétiens, dans l'une de ces provinces dont le prince de Condé était, ne disons pas le gouverneur, mais le tuteur, mais le conservateur, mais, si j'ose ainsi dire, le sauveur; et je sais, puisque l'usage pardonne maintenant ce terme, jusqu'à quel point il y était adoré, heureux de pouvoir, dans un âge plus avancé, donner aujourd'hui des marques de la vénération qu'on m'a inspirée pour lui dès mes tendres années ^ !... »
Quoiqu'il ait eu pour fille madame de Longueville, fort janséniste après avoir été plus que mondaine, Henri de Bourbon aimait les jésuites, qui trouvèrent également un protecteur dans son fils, le grand Condé. C'est de quoi Boùrdaloue rend encore témoignage dans les deux oraisons funèbres qu'il prononça de l'un et de l'autre. La bienveillance et l'appui d'Henri de Bourbon assurèrent aux jésuites une grande prospérité dans le Berry. Des nombreux collèges qu*ils avaient en France, celui de Sainte-Marie de Bourges était un des plus florissants. C'est à ce collège que le grand Condé fil ses études et soutint brillamment
1. Henri II de Bourbon mourut en 1646; l'oraison funèbre est de 1684.