BOURDALOUE ET BOSSUET 14Ô
de l'âme ont reçu des impressions fortes, et ces impressions ne s'effaceront pas tout entières. Si elles restent cachées clans quelque, secret repli du for intérieur, si elles ne suf- Ssent pas pour arracher tout d'un coup le courtisan et 'homme du monde aux tentations qui le pressent et aux )laisîrs qui le dissipent (ne demandons pas l'impossible, nême à Bossuet), quelque jour peut-être, à l'improviste, Bs se réveilleront, et viendront jeter un trouble importun ;t lutaire au plus fort des ivresses et des enchantements ie la vie.
Tout autre, on s'en souvient, est le procédé de Bourlaloue. Certes il faut admirer, dans ce sermon sur la Pensée klaMort^ une argumentation souvent ingénieuse, toujours ibrte et probante : une grande puissance de pensée et de réflexion a enfanté ce discours plein de raisons et de preuves; une logique savante l'ordonne et le conduit. Mais que d'efforts pour prouver à l'esprit ce que Bossuet montre aux yeux ! Les passions sont vaines ; la pensée de la mort m'en détrompera. Hé ! ne le sais-je pas ? Je souscris d'avance à tous les raisonnements. Mais, si probante qu'ait été la dialectique, si forte même qu'ait été la conviction, je risque de ne conserver du sermon de Bourdaloue qu'un froid et stérile souvenir; je me rappellerai seulement que j'ai été convaincu, et c'est tout : tandis qu'au milieu même des joies de la richesse conquise et de l'ambition satisfaite, on se prend à se rappeler « ce dernier souffle de la mort tout faible, tout languissant, qui abattra tout à coup cette vaine pompe avec la même facilité qu'un château de cartes, vain amusement des enfants; » on pense à « cette recrue continuelle du gonre humain, je veux dire les enfants qui naissent, et qui, à mesure qu'ils croissent et qu'ils s'avancent, semblent nous pousser de l'épaule et nous dire : « Retirez-vous, c'est maintenant notre tour*.» Il faut répéter de^ossuet ce que les anciens disaient de Périclès, qu'il laisse l'aiguillon dans