BOURDALOUE PRÊCHE SURTOUT LA MORALE
nous le dit lui-même, on a formé et Ton forme encore dans le christianisme tant de questions? » Va-t-il en éclairer les ténèbres, en faire voir la sagesse et la grandeur^ et, par là, faciliter pour nous ou justifier la croyance? Écoutons sa proposition :
Cette prédestination est un mystère de grâce ; et par l'abus qu'en font les hommes, elle leur devient une matière de scandale. Ils s'en servent comme d'un prétexte, les uns pour vivre dans une vaine confiance qui leur fait négliger le salut, et les autres pour s'entretenir dans des défiances criminelles qui ruinent en eux l'espérance du salut... Les premiers, par un excès de témérité, et comptant sur la prédestination de Dieu, concluent que leur salut est en assurance, sans qu'ils se mettent en peine d'y travailler ; et les seconds, par une pusillaninûté de cœur, et- dans un sentiment tout contraire, se persuadent qu'il n'y a plus de salut pour eux, oJt que ce serait en vain qu'ils y travailleraient. Deux grands désordres auxquels nous sommes exposés à l'égard de la prédestination,... la présomption et le désespoir. Ce sont aussi, chrétiens, ces deux désordres que j'entreprends de combattre dans ce discours *...
Ainsi Bourdaloue traitera, non point du mystère même de la prédestination, mais des effets de ce dogme sur la conduite de la vie. Le titre complet du sermon serait (jç me sers d'expressions empruntées à Bourdaloue lui-même) : tt De l'usage que Ton doit faire du mystère de la prédestination ; des égarements, des écueils qu'il y faut éviter. »
On le voit, tous les sujets sont bons à Bourdaloue pour prêcher la morale chrétienne. Les deux Oraisons funèbres et les seize Panégyriques qu'il nous a laissés en fournissent encore mille preuves, et c'est en quoi il conserve, dans ces deux genres, son caractère propre et son originalité. L'une des deux Oraisons funèbres est celle du grand Coudé ^ : madame de Sévigné la vantait trop; mais ne dédaignons-