BOURDALOUE ET LES PROTESTANTS
ajiliiue de leurs mœurs et de leur vie. Bourdaloue lui-même i pris soin de marquer cette distinction importante.
« A Dieu ne plaise, dit-il après avoir parlé de ces impies ransligurés en prophètes, que j'en veuille à leur personne ni à f'ur mémoire ! Si c'étaient des particuliers qui eussent été emportés par le torrent de l'hérésie, je sais les régies de discrétion it de bienséance que j'aurais à garder. Mais puisqu'on a prétendu pie c'étaient des hommes que Dieu avait re.nplis de sou esprif )our les employer à la réformaliou de l'Église, encore est-il uste que nous les connaissions, les Pères on ayant toujours linsi usé quand il a été question des hérésiarques. Or est-il iroyahie que Dieu, pour réformer son Église, ait choisi des 10 m mes de ce caractère ' ? >
; Cette explication, pleine de convenance et de raison, ustifie Bourdaloue et détermine avec une parfaite mesure es droits de l'apologiste chrétien. Ce qu'il faut proscrire, ;e qui est contraire à la justice autant qu'au bon goût, :c ne sont point les reproches mérités, si graves qu'ils )uissent être, mais les violences inutiles, les récriminaions déclamatoires, les injures qui remplacent les raions. On ne trouve, chez Bourdaloue, rien de pareil. Il a ort, dira-t-on, de ne rappeler que les fautes et les vices, ans tenir compte du bien. Mais un prédicateur n'est point m biographe impartial et complet; la polémique a des Iroits que n'a point l'histoire. Les mœurs et la vie de ceux |ui se donnent pour réformateurs sont des arguments, ont au moins des présomptions légitimes pour ou contre eur réforme. Il sera toujours de bonne guerre, comme de )onne logique, de juger les doctrines par la conduite [u'elles inspirent ou dont elles s'accommodent, comme 'arbre par les fruits qu'il porte.
' Ajoutons que Bourdaloue n'est point de ces apologistes jxcessifs qui ne voient dans leurs adversaires que crimes t qu'iniquités, et qui leur refusent le droit de n'être point
i. Dominicales, 6« dira. ap. l'Epiphanie, sur la Sainteté et la force la loi chrétienne, i" partie, t. V, p. 1Ô2.
des scélérats. Bien loin de méconnaître que beaucoup d'h rétiques méritent le nom d'honnêtes gens, il exalte que ([uefois leur vertu, pour faire honte aux catholiques n'en point montrer autant. Il fait l'éloge de l'union q régnait entre les réformés, de leurs sentiments Iraterne de leur mutuelle charité.
« La pauvreté, parmi nos hérétiques, n'était ni négligée ni c laissée. 11 y avait entre eux non seulement de la charité, mj encore de la police et de la règle dans la pratique de la charité Soyons de bonne foi et ne leur refusons point la justice qui le est due. Rendons leur là-dessus le témoignage qu'ils ont raéri et qu'on leur a souvent rendu. Reconnaissons que, sur ce poii nous n'avons rien à leur reprocher, et souhaitons que, sur et même, ils n'aient de leur part nul reproche à nous faire... 1 certaines choses, ils nous ont surpassés ; ils ont eu l'éruditi et la science;... ils ont été charitables envers les pauvres, s vères dans leur morale ^.. »
Je sais que, pour un théologien aussi exact que Bou daloue, les hérétiques, volontairement séparés de la f( peuvent être admirables aux yeux des hommes, mais so dépourvus de mérites surnaturels et, par conséquent, répro vés. (( Qu'ils soient des anges, dit-il rudement, qu'ils soie des martyrs, ils ne peuvent plaire à Dieu 2, » Dans i teraps où cette maxime commençait à se répandre, qi toutes les religions sont également bonnes, ce qui condi bientôt à n'en pratiquer aucune, c'était un devoir pour prédicateur orthodoxe de répéter le rigoureux anathèn lancé par l'Église contre quiconque se révolte etsesépar Mais Bourdaloue, du moins, reconnaît les vertus de cei ^u'il combat, et rend hommage à tout ce qui le mérite ( eux. C'est une équité qui devrait être vulgaire; l'expi rience nous apprend qu'elle est rare. Elle l'était surtout £
1. Exhortation sur la charité envers les nouveaux catholiqut t. VIII, p 74. - Instruction sur l'humilité de la foi, t. IX, p. 267 Voy. encore Mystères, sur la Très Sainte Trinité, 3" partie, t. X, p. 33
2. Dominicales, 3» dira. ap. l'i^piphanio, sur la Foi, 1" parti t. V, p. 73.
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dix-septième siècle, à l'égard des réformés; et, sans prêter à Bourdaloue une tolérance théorique qui était fort loin de son esprit, on aime à remarquer qu'il contrastait avec beaucoup de ses contemporains par sa modération éclairée. Les protestants trouvèrent en lui un adversaire vigoureux, habile, sévère, mais qu'inspiraient toujours le sentiment de la justice et le zèle de la charité.
(sriTE)