‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 116 sur 323 · BOURDALOUE ET LES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

BOURDALOUE ET LES PROTESTANTS

raisons pour insister aussi fortement sur ce point de doctrine et d'histoire. C'était en effet un des sujets de dispute où les réformés avaient le plus de peine à se défendre. L'efficacité de cet argument nous est attestée par un exemple historique. Bossuet convertit le maréchal de Lorges en lui démontrant, comme fait Bourdaloue, que la primitive Église pratiquait le culte des moits. C'est Saint-Simon, gendre du maréchal, qui nous l'apprend. « M. de Meaux lui prouva l'antiquité de la prière pour les morts, et lui montra dans saint Augustin que ce docteur de l'Église avait prié pour sainte Monique, sa mère. M. Claude (le fameux ministre protestant, que le maréchal, pour s'éclairer, consultait à l'insu de Bossuet) ne le satisfit point làdessus, et ne s'en tira que par des défaites qui choquèrent la droiture du prosélyte et achevèrent de le déterminer *. » N'est-il point curieux de voir Bossuet et Bourdaloue, ces deux soldats de l'orthodoxie, se servir de la même arme et se rencontrer dans la même méthode d'attaque contre le protestantisme ?

Ces parties de controverse, plus remarquables dans une prédication généralement morale, comme celle de Bourdaloue, témoignent de son zèle ardent pour le triomphe de son Église, et de sa sainte sollicitude pour le salut de tous ses frères. Cette sollicitude s'exprime quelquefois en paroles touchantes, bien propres à émouvoir favorablement et à rapprocher de l'Église ces protestants traités d'ordinaire avec tant de rigueur et de dureté. Les huit sermons que Bourdaloue avait préparés pour prêcher une Octave du Saint-Sacrement, et qui sont restés à l'état d'essais, devaient être, dans sa pensée, consacrés en partie à la réfutation des hérétiques qui niaient la présence réelle.

€ Peut-être, ô mon Dien,s'écrie-t-il à la fin du Dessein génial, votre providence, qui veille sur le salut de tous, conduira-t-elle ici quelques-uns de nos frères errants... Peut-être quelques-uns,

1, Saint-Siraon, édition Chéruel, t. IV, c. u.

ou par un esprit de critique, ou par un vrai désir de s'instruire se mêleront-ils dans la troupe, et se rendront-ils attentifs à m'é coûter. Daignez, Père des miséricordes, jeter sur eux un regan favorable; daignez, pour disposer l'ouvrage de leur conversion donner à ma voix une vertu particulière et toute nouvelle, Qu'elle s'insinue, cette vertu divine, jusque dans le fond d( leurs cœurs; qu'elle les remue, qu'elle les fléchisse. Ce sontnoî frères, quoique séparés de nous. Ce sont des enfants rebelles t leur mère, mais dont elle pleure la perle, dont elle souhaite ar demmeut le retour. Heureux si je puis y contribuer, et s'il vous plaît de m'employer, Seigneur, à une œuvre si sainte et si digne de mon ministère ^ ! »

Ni les démonstrations dogmatiques, ni les réfutation* en règle n'étaient aussi capables d'opérer des conversions, que cette charité apostolique et d'un accent si sincère. Le meilleur argument pour persuader les âmes, c'est encore de leur faire sentir le prix qu'on attache à les ramener.

Bourdaloue, à vrai dire, n'y met pas toujours tant de douceur. Les hérésiarques fameux, surtout Luther et Calvin, ne sont pas plus ménagés dans ses sermons que dans VHistoire des Variations. Bourdaloue les appelle quelque part « suppôts de l'enfer » et « ministres de mensonges ^ ». — (( Un Luther, dit-il ailleurs, infâme par ses incestes, qui même en faisait trophée, et qui s'est vanté de ce que ses plus zélés partisîuis avaient honte de ne pouvoir désavouer pour lui. Voilà celui que Calvin appelait l'Apôtre de l'Allemage; et que ne pourrais-je point dire de Calvin lui-même!^... » Mieux vaudrait sans doute qu'on ne rencontrât jamais dans les paroles d'un ministre de Jésus-Christ certaines duretés d'expression qui n'appartiennent qu'au langage de la colère. Mais remarquons que Bourdaloue réserve ses sévérités pour les hérétiques passés et illustres, qui appartiennent à la postérité, juge lé-

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