Sur la Sévérité de la pénitence, t. I, p. 163-i6i
Il ne faudrait pas prendre trop à la lettre ces élo^ quentes paroles, ni croire que Bourdaloue tienne rigoureusement tout ce qu'il promet ici. La sévérité, nous le savons, occupe dans ses discours la première et la plus grande place : les nécessités inhérentes à l'éloquence de la chaire, où le rôle de l'orateur sera toujours de faire des remontrances et de morigéner les hommes, les besoins particuliers de l'auditoire auquel s'adressait Bourdaloue, enfin l'austérité naturelle du religieux, l'exigeaient ainsi. Mais quelle que soit la force avec laquelle il insiste sur lesprescriptions indispensables de la loi et sur sa redoutable sanction ; quelle que soit même la rigidité monastique de certains passages, Bourdaloue est fort lojn de porter dans la morale cette intempérance de sévérité et ce rigorisme étroit, hors desquels il n'y avait, selon les disciples de .lansénius et de Saint Cyran, que relâchement criminel et que damnation assurée. Montrer sans cesse aux fidèles le côté terrible de la religion et leur en cacher le côté consolant; prodiguer les menaces et Jiier les motifs d'espérance, c'est fausser le christianisme, en dénaturer les principes, en rompre le divin équilibre, et Bourdalouese croirait prévaricateur non seulement s'il donnait dansces erreurs, mais s'il ne les combattait pas. Tous les sujets qui sont de nature à effrayer les consciences comportent quelque correctif capable de faire rentrer la paix dans les âmes et de tempérer les terreurs religieuses par une sainte confiance : si Bourdaloue, souvent, développe moins cette contre-partie, rarement il la néglige. Le passage même que nous venons de citer, où Bourdaloue s'engage à prêcher tout ensemble « le Dieu terrible dans ses jugements et le Dieu de toute consolation » , est emprunté au sermon sur la Sévéïnté de la 'pénitence, où le prédicateur fait voir tour à tour et la nécessité d'une pénitence sévère, et la douceur de cette sévérité même. Dans un autre discours, après avoir fait une peinture [effrayante du jugement dernier par le développement de cette pensée, que Dieu y vengera lui-même sa majesté outragée, il rassure les hommes de bonne volonté, et