JANSKNISME SANS CESSE COMBATTU
mons et pénétrera les intentions secrètes qui se cachent sous les formes réservées du langage, trouvera que la préoccupation du jansénisme fut une des plus ordinaires à l'esprit de Bourdaloue. La pénitence, la sévérité chrétienne, la prédestination, la grâce, la communion, l'état de vie, la médisance, BourJaloje ne traite pas un de ces sujets sans penser aux jansénistes, et il revient à diverses reprises sur la plupart de ces matières pour rétablir dans son harmonie complète et dans sa modération pruden'.e la vérité chrétienne outrée ou mutilée par les doctrines exclusives de la secte qu'il combat. Le choix des détails, la direction des développements, le plan même et la conception d'ensemble révèlent presque constamment la présence de cette même pensée. Bourdaloue n'eiît peutêtre pas fait trois points de la retraite de Tréville, si Tréville s'était retiré à la Trappe ou chez les chartreux. Mais Tréville était ami des jansénistes, et quand son humeur fantasque le poussait à quitter le monde, c'étiit à Port- Royal qu'il allait demander asile. C'est pourquoi, le jour où Bourdaloue parla de lui, « il n'y manquait que le nom; mais il n'en était pas besoin. »
Ce qui éloigne Bourdaloue des jansénistes, ce qui lui inspire une si grande horreur de toutes les exagérations et une prudence si éclairée, ce n'est pas seulement sa fidélité à l'orthodoxie et son dévouement à son ordre; c'est aussi, comme on a pu déjà s'en convaincre dans les pages qui précèdent, l'esprit pratique dont il est sans cesse animé. L'esprit pratique, nous l'avons vu, délermine l'idée générale que Bourdaloue se fait de l'éloquence sacrée. L'esprit pratique le porte à prêcher la morale chrétienne de préférence au dogme. Il nous reste à faire voir jusqu'à quel degré ce même esprit est porté dans la prédication de la morale elle-même, et comment, d'un bout à l'autre
<les œuvres de Bourdaloue, il est toujours sensible et toujours apparent.
La première condition pour prêcher la morale d'une manière pratique, c'est, selon Bourdaloue, d'en bien connaître et d'en bien enseigner la théorie. Non pas qu'il réduise, •comme Platon, toute la vertu à la science; mais il pense, ooraine le P. Lacordaire, qui ne fut pourtant point un prédicateur moraliste, que « la morale n'est jamais assez connue dans ses principes ^ ». Il a toujours soin d'exposer à ses auditeurs l'essentiel de la doctrine et de la théologie sur le point de morale qu'il traite; il leur donne, selon sa propre ■expression, le précis de leurs devoirs. « Ah! chrétiens, s'écrie-t-il, souvenons-nous que la première de toutes les obligations est de savoir -. » Si nous espérons nous prévaloir de notre ignorance, nous serons cruellement détrompés au jugement de Dieu. L'ignorance est elle-même un premier péché inexcusable, surtout dans un temps où il est si facile de s'instruire. « On est souvent plus criminel devant Dieu, ou aussi criminel, de dire : Je ne l'ai pas su, que de dire : Je ne l'ai pas fait ^. » Cette ignorance si coupable, ■et dont il est si aisé de sortir, est pourtant, aux yeux de Bourdaloue, plus répandue qu'on ne le croit. On ne sait pas sa religion, ou on ne la sait que d'une science confuse •et incertaine. On néglige de consulter et de s'éclairer. Les parents, qui s'imposent tant de soins et de dépenses pour donner à leurs enfants les connaissances et les talents nécessaires dans le monde, négligent de les instruire dans la «cience capitale, celle du salut. Les préjugés, les erreurs, les fausses lumières, aussi funestes que les ténèbres, se propagent à la faveur de celte insouciance criminelle. « Tout mondains que vous êtes, dit Bourdaloue à son royal auditoire, peut-être ce qui vous a jusqu'à présent éloignés de
1. Le P. Lacordaire, Correspondance inédite, publiée par Villard, p. 160.
2. Carême. Mercredi de la 4" semaine, sur V Aveuglement spirituel, 2" partie, t. IH, p. 287.
3. Ibid. — Voy. toute cette seconde partie du sermon swr FAveugle^ ment spirituel.