Sur la Médisance, 1" partie, t. VI, p
26i LA DOCTRINE
n'eut guère qu'à développer et à prouver les griefs contenus dans cette seule phrase de Bourdaloue \
Qu'on veuille donc bien se mettre pour un instant au point de vue et à la place de notre prédicateur. Gel homme, dont le cœur est aussi droit que l'esprit, voit un ordre qui lui est cher, auquel il a consacré sa vie, attaqué, combattu sans trêve par des adversaires qui dénaturenl les intentions, enveniment les moindres paroles, fausseni les textes et quelquefois les inventent. Il lit ces mille pamphlets jansénistes, aujourd'hui perdus ou ensevelis dans la poussière des bibliothèques, et qui renouvelaient chaque jour les railleries de Pascal, avec le génie en moins et la grossièreté en plus. Il entend même les plus célèbres el les plus estimés des jansénistes, même l'honnête Nicole, soutenir charitablement que toutes ces invectives et ces satires « n'ont pas pour fin unique de faire rire » aux dépens des bons Pères, qu'on ne s'y propose, au contraire, d'autre but « que l'utilité de l'Église et des jésuites 2 », Avouons qu'une polémicjue si peu scrupuleuse sur les moyens autorisait Bourdaloue à ne point garder de ménagements, et ne lui faisons point un crime même de jugements trop durs et de soupçons mal fondés. Tout compte fait, si l'on comparait les passages des Sermons et des Pensées où les jansénistes sont attaqués avec les livres de ces derniers contre les jésuites, ce ne seraient pas les adversaires de Bourdaloue qui obtiendraient le prix de la modération.
Nous avons insisté un peu longuement sur ce caractère d'opposition au jansénisme, si fortement accusé chez Bourdaloue, parce que ce côté de sa prédication est un des plus importants, et^ jusqu'ici, un des moins remarqués. Quiconque lira attentivement un grand nombre de ser-
1. M. Sainte-Beuve lui-même énumère et confirme la plupart de ces justes reproches qu'on peut adresser à Pascal. Port-Royal, t. III, p. 58, sqq.
2. Dans les Commentaires et traduction latine des Provinciales,
Êubliés sous le pseudonyme de Wendrok. Cité par le P. Daniel, ntretiens de Cléandre et d'Eudoxe, édition de Cologne, 1696, p. 46-47.