‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 17 sur 323 · Edition dj Versailles, t. XVI · texte numérisé non relu

Edition dj Versailles, t. XVI

Louis Bourdalouo Daiiuit à Bourges vers la Uu du mois d'août 1032 ', d'une des lamilles les plus honorables et les chrétiennes de la magistrature du Berry. Son père, me Bourdaloue, était conseiller au présidial do Bourges, et, plus tard, en devint le doyen. Serait-il téméraire cb découvrir rinfluencc de la profession paternelle et du milieu de jurisconsultes et de magistrats où Bourdaloue passa son enfance dans ces interprétations si sûres, dans ces applications si pratiques de la loi chrétienne, qui forment le caractère le plus accusé de sa prédication, et qui lui assurèrent, dans la chaire comme au confessionnal, une si grande autorité ? Entre la théologie morale, où excella Bourdaloue, etla jurisprudence, il y a plus d'afthiités qu'on ne suppose. Nous savons du moins que le talent de la parole fut un héritage ([u'il tenait de son père. Celui-ci, nous dit le P. Bretonneau, avait acquis de la réputation dans sa province, « par une grâce singulière à parler en public. »

Le jeune Bourdaloue fut élevé pieusement par sa mère, femme d'un esprit distingué et d'une grande vertu, qui eut le bonheur de connaître toute la gloire de son lils, et qui, presque nonagénaire, le précéda de peu dans la tombe. Il n'eut qu'une sœur, (jui épousa M. de Ghamillart-Yillate, ronde du futur ministre de Louis XIV.

l. On no peut délerniiner le jour avec certitude. Le P. Breton-

H'jiu. et tous les autres après lui, ont donné la date du 20 août.

l'acte do baptême retrouvé en 1812 par M. Chevalier de Saiut-

id, alors biLliothécaire à Bourges, porte la date du 29, et ne

:onne pas que reniant ait été ondoyé auparavant. 11 semble

lie d'admettre qu'on ait attendu neuf jours pour le baptiser.

!i M long intervalle est contraire aux usages d'autrefois, comme

u\ prescriptions de l'Eglise. 11 faudrait donc recider de quelques

' - la naissance de Bourdaloue et la fixer au 26 ou au 27 août

— V. la Notice sur Bourdaloue du M. Chevalier de Saint-Amand.

^-es, 1842.

4 INTRODUGTIOiN

Dès son enfance, on remarqua chez lui les plus heureuses dispositions pour l'étude. Mais la précocité, ce don si souvent pertidede la nature, n'eut point pour lui de périls: car il joijjnait, à la promptitude et à la facilité de l'intelligence, beaucoup de droiture dans le jugement et de sérieux dans l'esprit. Sa piété, tout de suite vive et ardente, fut aussi de bonne heure raisonnée et réfléchie.

Le Berry avait alors pour gouverneur Henri II de Bourbon, prince de Condé. A l'âge de cinquante et un ans, Bourdaloue prononcera la tardive oraison funèbre de ce même prince ^. Alors il se souviendra de ses premières années, et, louant dans Henri de Bourbon l'art de se faire aimer des peuples, il se citera lui-même pour témoin. « J'ai été nourri, chrétiens, dans l'unedeces provinces dont le prince do Condé était, ne disons pas le gouverneur, mais le tuteur, mais le conservateur, mais, si j'ose ainsi dire, le sauveur ; et je sais, puisque l'usage pardonne maintenant ce terme, jusqu'à quel point il y était adoré : heureux de pouvoir, dans un âge plus avaîicé, donner aujourd'hui des marques de la vénération qu'on m'a inspirée pour lui dès mes tendres années ^ !... »

Quoiqu'il ait eu pour fille madame de Longueville, fort janséniste après avoir été plus que mondaine, Henri do Bourbon aimait les jésuites, qui trouvèrent également un protecteur dans son lils, le grand Condé. C'est de quoi Bourdaloue rend encore témoignage dans les deux oraisons funèbres qu'il prononça de l'un et de l'autre. La bienveillance et l'appui de Henri de Bourbon assurèrent aux jésuites une grande prospérité dans le Berry. Des nombreux collèges qu'ils avaient en France, celui de Sainte-Marie de Bourges était un des plus tlorissants. C'est à ce collège que le grand Condé lit ses études et soutint brillamment ses thèses de philosophie. Le prince de Conti, son frère, qu'Henri de Bourbon destinait à l'Église, y lit également sa

1. Henri II do Bourbon mourut on 1646; l'oraison funèbre est do d68i.

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