‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 172 sur 323 · L'ESPRIT INTERIEUR · texte numérisé non relu

L'ESPRIT INTERIEUR

moins encore le prochain que le dévot lui-même. Cet aveuglement spirituel est le dernier trait de la piété pliarisaïque, piété « vicieuse dans sa forme, » — « toutesuperlicielle, toute sur les lèvres, toute sur le visage, et rien dans le cœur ^ ». Déjà, dans l'ancienne loi, Dieu repoussait ces hommages d'une adoration apparente et menteuse. 11 condamnait ce zèle extérieur qui n'était « qu'une idole et qu'une vaine montre de zèle ». Il disait à son peuple par la voix du prophète Joël : « Ne déchirez pas vos vêtements, mais brisez vos cœurs. Scindite corda vestra, non vestimenla vestra ». A plus forte raison, danslaloinouvelle^ Dieu exige qu'on l'adore en esprit et en vérité. C'est le cœur que Dieu veut posséder, et rien ne peut lui être agréable que la piété du cœur.

c Je sais, dit Bourdaloue, qu'il y a dans la religion des prières , des cérémonies, des pratiques instituées pour glorifier Dieu,^ par où en effet il veut être glorifié, et par où nous le glorifions ; mais je prétends que Dieu ne se tient honoré de tout cela qu'autant que l'esprit y a de part. Je prétends que, sans celte vue intérieure de Dieu, sans ce retour de l'esprit vers Dieu, il n'accepte rien de tout cela, parce qu'il n'y a rien en tout cela qui soit proportionné à son être et à sa grandeur -. >

Quel mérite faut-il donc attribuer à ces œuvres « faites sans intention, faites sans recueillement et sans réflexion, faites par coutume, par bienséance, par engagement d'état » ? et combien de gens s'imaginent prier, qui ne savent même point ce que c'est. Bourdaloue écrit à leur adresse cette fine et ingénieuse pensée :

« Gomme dans la vie humaine, et dans le commerce que nous avons entre nous, il y a des gens féconds en paroles, et qui nous font les plus longs discours sans rien dire, il y en a de même, par une espèce de comparaison, dans la vie chrétienne, et dans le commerce que nous avons avec Dieu par la prière.

1. Dominicales, b' dim. ap. la Pentecôte, sur la Vraie et la fausse piété, 3« partio, t. VI, p. <7U.

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