CONNAISSANCE DU MONDE
cet air enjoué qu'elle se donne, ces bons mots qu'elle étudie, ces termes dont elle s'enveloppe, ces équivoques dont elle s'applaudit, ces louanges suivies de certaines restrictions et de certaines réserves, ces réflexions pleines d'une compassion cruelle, ces œillades qui parlent sans parler, et qui disent bien plus que les paroles mêmes M » Boileau raillait en vers « ce ton radouci (fue prend la médisance » ; le satirique commente ici le prédicateur :
t Aliclor,dit un fourbe, il est de mes amis ;
Je l'ai connu laquais avant qu'il fût commis :
C'est un homme d'honneur, de piété profonde,
Kt qui veut rendre à Dieu ce qu'il a pris au monde. »
Voilà jouer d'adresse et médire avec art ;
Et c'est avec respect enfoncer le poignard *.
Ailleurs, Bourdaloue ne se contente pas de dépeindre les allures et les finesses de la médisance; il en énumère « les principes ^ » : la vengeance, la haine, l'antipathie, la jalousie, l'esprit dintérêt, l'humeur chagrine, le zèle mal entendu, etc.. et, caractérisant l'une après l'autre ces diverses dispositions de l'àme, il s'applique, comme ferait Aristote, à montrer comment chacune d'elles conduit à la médisance. Quand il arrive à la jalousie, il ne néglige point de nous avertir que « les personnes du sexe sont plus susceptibles que les autres de cette passion, et par là même plus sujettes à médire et plus piquantes dans leurs traits satiriques et médisants ». Le « zèle mal entendu » lui offre une occasion qu'il saisit de peindre le (( médisant dévot », de tous (( le plus à craindre », qui, « d'un air tran- <[uille et composé, d'un ton pieux et modeste, en dira plus que l'emportement le plus passionné et la plus ardente colère n'en peut inspirer. » Encore se flattera-t-il d'avoir en
1. Dominicales. 11= dim. ap. la Pentecôte, sur la Médisance, 1" partie, t. VI, p. 320-321.