‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 214 sur 323 · LIBERTE DE LA CHAIRE AU XVII« SIÈCLE · texte numérisé non relu

LIBERTE DE LA CHAIRE AU XVII« SIÈCLE

le but deces peiutures du temps. Il n'y faut pas voir des satires complaisatites, multipliées à dessein par l'orateur pour assurer à ses discours un retentissement de mauvais aloi, peut-être un succès de scandale. Nous connaissons trop ce que fut Bourdalouc pour concevoir un pareil soupçon. « Rien n'est plus pénétrant, quoique rien ne soit moins satirique, que le génie chrétien, » a dit un critique peu suspectde partialité pour la religion, l'historien de Port- Royal K Bourdaloue est la preuve de cette vérité, plus encore, j'imagine, que ceux qui inspirèrent les Provinciales. On a déjà observé que les peintures des mœurs contemporaines ne sont pas cliez Bourdaloue de [)urs ornements, des morceaux introduits sans nécessité dans le tissu du discours, et qui s'en pourraient aisément détacher. Répétons qu'elles font partie intégrante de la démonstration, qu'elles ne sont autre chose que des applications nécessaires pour donner à la doctrine une évidence sensible et un caractère manifestement pratique. L'abbé d'Olivet l'a fort bien marqué dans ces lignes excellentes. « Pour allerdroità la réi'ormation des mœurs, il commençait toujours par établir sur des principes bien liés et bien déduits une proposition morale; et après, de peur que l'auditeur ne se fit point l'application de ces principes, il la faisait lui-même par un détail merveilleux, où la vie des hommes était peinte au naturel. Or ce détail étant ce qu'il y avait de plus neuf, et ce qui par conséquent frappa d'abord le plus dans le P. Bourdaloue, ce fut aussi ce que les jeunes prédicateurs tâchèrent le plus d'imiter. On ne viL que portraits, que caractères dans leurs sermons. Ils ne songèrent pas que, dans le P. Bourdaloue, ces peintures de mœurs viennent toujours ou comme preuves, ou comme conséquences; que sans cela elles y seraient hors d'œuvre, et qu'un sermon, qui n'est qu'un tissu de caractères, ne prouve rien. De l'accessoire ils en firent le principal, et d'une très petite partie le tout ^. » La peinture des mœurs

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