‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 234 sur 323 · LA FAVEUR A L'EXCLUSION DU MÉRITE · texte numérisé non relu

LA FAVEUR A L'EXCLUSION DU MÉRITE

nninément mérilées. Aussi Bourdaloue se plaint-il à plusieurs reprises « du dérèf^lement universel d;nis l'administration des charges publicpies, et surtout, ajoute-t-il, dans la dispensation de ia justice*. » Ce sont en effet do graves accusations que le prédirateur. sur ce dernier point, fait entendrecontre son siècle. Ici encore, les institutions étaient les premières coupables. On sait que le système de la vénalité et de l'hérédité des charges avait prévalu dans la magistrature : les magistrats y avaient sans doute gagné plus d'indépendance en face du pouvoir royal ; mais, pour tout le reste, les consâ(]uences en étiient fâcheuses. On pouvait impunément être ignorant et incapable.

« C'est assez qu'on ait de quoi acheter cet'e chnrge pour croire qti'on est en état de la posséder et de l'exercer -. i

Il fallait bien passer certains examens ; mais ce contrôle, devenu illusoire, n'arrêtait personne.

f Si les lois prescrivent quelque chose de p'u?. c'est-à-dire si elles exigent quelques épreuves pour l.i connaissance des sujels, on sul)it ces épreuves par céré nonio^; et pir la comparaison que l'on fait de soi-même avec tant d'autres qui y ont passt-, on s'ostiine encore trop fort pour en sorlir avec honneur. Si ceux à qui il appartient de corriger ces abus font des ordonnances pour les régler, on regirde ces ordonnances comme des vexations. On peut tout sans s'être jamais disposé à rien, sauf à faire ensuite des expériences aux dépens d'autrui *... »

1. Dominicale.*, t" dim. après l'Épiplianio, sur le Devoir des pères, etc.. t* partie, t. Y. p. il.

2. Ib. irt' dim. ap. la Pentecôte, sur rAmùition, 2« partie, t. VII, p. 107.

3. « Les examen? que l'on continua d'exiger pour Tadmission de chaque nouveau mafi:islrat no furent plus qu'une vaine formalité. » Ainsi s'exprime rauteur dune savante étude sur rorganisation de la justice dans l'ancienne monarchie. M. Fustel de Coulanges. conlirmant ainsi, probablement sans le savoir, et presque dans les mêmes termes, les paroles de Bourdaloue. Revue des D.ux-Mondes, i" octobre 1871. p. 587.

4. Dominicales. 16- dim. après la Pentecôte, 2« partie, t. VII, p. 107-108.

La vénalité des charges judiciaires n'autorisait pas seulement l'ignorance et l'incapacité : elle rendait le désintéressement impossible et la probité difficile. « Chacune des charges, dit fort justement un critique, était un capital dont il fallait que le propriétaire tirât un revenu, et l'office de juge se transformait forcément en un objet de spéculation ^ » L'intègre Lamoignon ne faisait pas de difficultéde déclarer « que les magistrats devaient trouver dans les profits de la justice le revenu des sommes qu'ils avaient avancées pour en devenir possesseurs 2. » Dès lors tout fut combiné pour prolonger les procès et les rendre interminables. Chacun de ces délais se payait argent comptant; c'était tout profit pour les juges. La chicane, si justement raillée par Boileau dans la satire, et au théâtre par Racine, compliqua sans fin son imbroglio. En France, selon la remarque d'un étranger, « une cause de mille écus en exigeait deux mille de frais et durait dix ans 3. » — « Combien de pupilles, s'écriait Bourdaloue, dont l'héritage devient, après bien des formalités, la proie du chicaneur et de l'usurpateur*! » Pendant toutes ces « formalités », l'impartialité des juges avait à subir de rudes assauts. On les allait voir; on s'efforçait de les gagner par des flatteries, de les séduire par des promesses. C'est une singularité d'Alcestede ne vouloir point visiter ses juges.

Phiunte.

Mais qui voulez-vous donc qui pour vous sollicile?

Alceste.

Qui je veux? La raison, mon bon droit, l'équité ^.

De pareils solliciteurs, quand on les a vraiment pour soi, suffisent aujourd'hui devant nos tribunaux ; mais, au temps d'Alceste, s'en contenter était chose fort ridicule.

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