CORRUPTION DES JUGES
c On ne s'élonne plus, disait Bourdaloue, de voir les juges gouvernés par celui-ci ou gagnés par celle-là ^... Combien de familles ruinées parce que le bon droit, attaqué par une partie redoutable, n'a point trouvé de protection! combien de procès mal fondés, néanmoins hautement gagnés, parce que les sollicitations, la cabale et les brigues ont prévalu * ! »
L'argent surtout pesait d'un grand poids dans la balance de la justice. Accoutumés à faire entrer leur intérêt personnel en ligne de compte, et à considérer les jugements comme des affaires lucratives, beaucoup de magistrats songeaient moins au bon droit qu'à leur profit, et Bourdaloue pouvait demander avec assurance :
I Où voit-oa des riches passer par la rigueur des lois? dans quel tribunal les punit-on? quelle justice contre eux obtient-on, ou espère-t-on? quelle intégrité ne corrompent-ils pas? quels arrêts si justes et si sévères n'éludent-ils pas? de quel mauvais pas, pour user de l'expression commune, un riche criminel et scélérat ne se tire-t-il pas hautement et tête levée, et de quel crime si noir ne trouve-t-il pas moyen de se laver? Les lois sont pour les misérables, les châtiments pour ceux à qui la pauvreté en pourrait déjà tenir lieu; mais pour les riches il n'y a qu'indulgence, que connivence, que tolérance ; l'équité la plus inflexible et le droit le plus rigoureux se tournent pour eux en faveur ^... i
«Il en sortira un peu plus blanc que de la neige, » disait madame de Sévigné, parlant de Penautier, receveur général du clergé, gravement compromis dans le procès de la Biinvilliers. «Vous savez qu'il y a cent mille écus répandus pour faciliter toutes choses *. » Quoique Louis XIV sût aussi qu'il y avait dans cette affaire « de fortes sollicita-
1. Carême. Jeudi de la 3« semaine, sur la Religion et la probité, 4" partie, t. III, p. 170.
2. Second Avent. 1" dimanche, sur le Jugement dernier, 2« partie, t. I, p. 267
3. Carême. Jeudi de la 3« semaine, sur les Richesses, 2« partie, t. III, p. 17-18.