MAUVAIS EXEMPLES CONTAGIEUX
mais : C'est assez ; voilà ce qui dissipe les biens de la plupart des riches *. »
Gomme si le mal n'eût point été de lui-même assez prompt à se répandre, les riches et les nobles le propageaient autour d'eux. Leurs domestiques étaient les témoins, souvent les complices obligés de leurs intrigues et de leurs dérèglements. Les valets adroits et les soubrettes complaisantes des comédies du temps ne sont point des personnages de pure invention. Comme il y avait sur la scène du monde des Dorante et des Dorimène, il y fallait aussi des Grispin et des Lisette. Bourdaioue a décrit en quelques mots ces rôles subalternes et corrupteurs qui se jouaient trop souvent dans la réalité.
« Cet homme que vous avez à votre service et qui se soucie peu de déplaire à Dieu, pourvu qu'il vous plaise, à quoi l'employez-vous ? à être riiislrument de vos débauches... C'est hii qui prépare les voies, lui qui fournit les moyens, lui qui conduit les intrigues, lui qui ménage les entrevues, lui qui sert de lien pour entretenir le pkis honteux et le plus détestable commerce. Cette fille que vous tenez auprès de vous, femme mondaine, et qui se fait un point capital de s'insinuer dans vos bonnes glaces et de s'y conserver, à quel ministère la destinezvous ? il faut qu'elle seconde la passion de votre cœur ; je ne m'explique pas davantage : il le faut, et que pour cela elle apprenne mille ruses et mille artifices qui la corrompent ; et que pour cela elle se fasse un front qui ne rougisse de rien, lorsqu'il s'agit d'avancer le mensonge et de le soutenir; et que pour cela elle oublie tout ce qu'elle doit à Dieu et tout ce qu elle doit à son propre honneur ^. »
Ainsi la contagion gagnait de proche en proche : les \alets après les maîtres, la ville après la cour. Paris donnait déjà le spectacle d'une corruption générale et publique. Les cours mêmes du Louvre servaient de théâtre à