‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 266 sur 323 · L'AFFAIRE DES POISONS · texte numérisé non relu

L'AFFAIRE DES POISONS

à coup aux regards épouvantés des contemporains l'abîme de corruption qui se creusait sous leurs pas. Déjà, en 1676, Marguerite d'Aubray, marquise de Brinvilliers, avait été l)rûlée en place de Grève, convaincue d'avoir, en compagnie de Sainte-Croix, son amant, peut-être avec d'autres complices, commis ou essayé une multitude d'empoisonnements. Les débats avaient révélé chez cette femme distinguée par la naissance et par la fortune, avec la perversité la plus froide et la plus ingénieuse, une luxure effrénée. L'émotion avait été vive à la cour, à Paris, dans la France entière. On pressentait que tout n'était pas encore connu. Après rexécution de la Brinvilliers, la police continua ses recherches; la curiosité et la terreur publiques, loin de s'apaiser, allaient croissant. Tous les soupçons devaient être dépassés. En 1679 éclatait le procès de la Voisin, qui prit aussitôt des proportions gigantesques. Le roi dut instituer un tribunal extraordinaire qui siégea à l'Arsenal, et qui prit le nom de Chatnbi^e ardente ou Chambre des poisons ^. Deux cent quarante personnes furent maintenues en état d'arrestation ; un beaucoup plus grand nombre furent compromises; trente-quatre subirent une condamnation capitale ; les moins coupables durent s'exiler ou finir leurs jours dans les prisons ^ Toutes les turpitudes, toutes les impudicités, toutes les scélératesses se rencontraient dans cette hideuse affaire. Golbert,qui mettait chaque jour LouisXIV au courant de tous les incidents du procès, reculait pourtant devant certains détails « trop exécrables,disait-il,pour être mis sur le papier ^ ». Les gazettes n'osaient parler de ces mystères d'abomination *. Bourdaloue l'osa. Le l«'"mars 1682, alors que l'émotion causée par ces découvertes sans cesse plus nombreuses et plus épouvantables commençait

1. V. P. Clémont. la Police soux Loim XIV, p. 94 sqq. Pour tout ce qui concerne V Affaire des poisons, nous mettons à profit ce travail, où M. Pierre Clément a le premier compulsé et mis au jour, sur cet épisode, jusqu'ici mal connu, du grand règne, les documents les plus authentiques et les plus curieux.

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