‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 27 sur 323 · Notice de Labourdeiie · texte numérisé non relu

Notice de Labourdeiie

3. Journal de Dangoau, mardi IG octobre. — Mad. de Sévigué. Inities du 28 octobre 1083 et du 3 aviil 1086.

son sein, Montpellier semblait la capitale du protestantism concentré au midi de la France. C'était donc pour Bour daloue un honneur aussi flatteur que périlleux d'y êtr alors envoyé.

11 y retrouva ce fameux La moignon-Bà ville, dont i était sans doute l'ami, comme de tous les Lamoignons, e qui avait été, cette année même, nommé intendant di Languedoc. Bàville ne paraît pas avoir mérité la réputatioi sanguinaire que Voltaire lui a faite *. Il préférait, pou convertir, les prédicateurs aux dragons, et l'on peut sup poser sans invraisemblance que l'envoi de Bourdalouedan la province dont il venait de prendre possession fut con forme à ses désirs, peut-être même sollicité par lui.

Sur cette mission de Bourdaloue, nous ne savons rien d particulier, sinon qu'il s'acquitta de sa tâche délicate ave succès, qu'il fit de nombreuses conversions, et qu'il eut L bonheur de ramener beaucoup de ses adversaires sans ei blesser ni en aigrir aucun. Il dut les résultats qu'il obtin non seulement à la force convaincante de sa prédication mais aussi à l'autorité de son caractère, de sa science, et i ce zèle de charité qui échauffait et parfois même attendris sait sa vigoureuse dialectique.

Cette continuelle et touchante sollicitude pour le salu des âmes, jointe à lintrépidité de ses censures quand i s'adressait à la cour, lit de Bourdaloue, aux yeux de se: contemporains, le parfait modèle des vertus apostoliques Comme son habit de religieux l'excluait de toutes les dignités ecclésiastiques, il ne pouvait être suspect d'ambitioi personnelle ni de vues intéressées: avantage précieux dan:

„,*.-,^l"'' J^ •i"^*''^'^ pas du moins dans ses Mémoires pour servir i l histoire du Languedoc, imprimés en 1734.

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Il t(imps où les prddicateui'À, selon le mot de La Bruyère, licrchaient par leurs discours dos évêchés *. Par contre, lliahit do religieux ne mettait pas Bourda- >ue à l'ahri des soupçons dintrigue et de politi(iue dont Il était alors si prodigue envers tous ceux de son ordre : i vertu seule l'en préserva. Par l'inflexible droiture de son iractère, comme par l'irréproclrible pureté de sa vie, força leslimeet le respect même des plus prévenus. C'est pourtant une légère exagération de dire, comme le irdinal de Beausset, que Bourdalouc ne connut « ni ineniis ni détracteurs - ». Sa prédication était trop milinle, il altiHjuait trop librement toutes les erreurs et tous s vices pour n'être j)oint à son tour attaqué. Comment )puyer sur tant de plaies, et d'une main si vigoureuse, ns l'aire <|ue1(juefois crier les patients? Cjux ([ui crièrent tout d'abord, et très haut, ce furent 5 jansénistes. Nous verrons (jue Bourdaloue ne les éparlait pas. Ils n'étaient point hommes à recevoir les coups 1 siknce. Dès les premières années de sa prédication, lurdaloue, prêchant un jour en présence de la princesse ï Conti, « parla, dans lepremier point, contre les relàcheentsda la Pénitence, d'une manière très forte; mais il présenta, dans le second, (ju'il fallait fuir les directeurs li conduisaient les âmes dans des sévérités excessives. » i princesse de Conti «témoigna par quelquegeste en être esi.ee. Ce qu'ayant remarqué, et n'étant pas bien aise ître mal dans son esprit, il la vint voir pour justitier ce l'il avait dit; mais elle lui parla d'une manière adirable, ainsi que je l'ai appris d'une personne qui était éscnte, ou à qui elle le raconta aussitôt après. Elle lui oua que celte dernière partie de son sermon l'avait fort uidalisée ; qu'elle ne pouvait souffrir qu'on parlât dans is sermons publics contre les directeurs sévères ; que cela nnait occasion aux peuples de fuir la conduite de tous IX qui tâchaient de faire marcher les âmes par la voie

De la chaire.

Vie de Bossuef, t. I, p. 137.

clroito de l'Évangile 1 », etc.. Arnauld, racontant ce fa bien des années après, n'a que des paroles d'admiratio pour la princesse, dont il vante « la justesse d'esprit et 1 droiture de cœur » : il n'accorde pas à Bourdaloue mêni le plus bnnal hommage. On voit assez qu'il n'a guère pk de bienveillance pour lui que pour le reste de la Sociét( et M. Saii'te-Beuve semble un peu téméraire quand écrit :« Aruauld, j'en suis sûr, aurait applaudi Bourdî loue 2. »

Dans un Mémoire touchant les infractions de la paix i Clément JX, qui devait êlre présenté au roi par madanr la duchesse de Longueviile, et qui fut rédigé vers 107i Bourdaloue était l'objet d'une dénonciation haineuse violente, « Le Père Bourdaloue, cJ'lèbre par ses pj'édication et plus célèbre encore, s'il se peut, par son zèle amer et p; ses emportements, dit, il n'y a pas longtemps, que 1 jansénistes étaient des hérétiques très dangereux, et qu'i ne haïssaient les jésuites que comme les loups haïssent l chiens du berger. On ne peut s'empêcher défaire rcma quer en passant la cliarité de ce bon religieux, qui lui h prendre pour des bêtes farouches lousc-eux qu'il n'hono pas de sa bienveillance, et cette humilité profonde ay laquelle il déclare, dans cette comparaison, que lui et s compagnons sont les chiens fidèles, à qui Jésus-Christ confié dans ces derniers temps la garde et le salut de s< troupeau 3. »

Ces récriminations des jansénistes restèrent sans éclu d'illustres amis de Port-Uoyal et d'Arnauld lui-même co servèrent à Bourdaloue leur admiration et leur amitié.

Bourdaloue fut encore en butte à d'autres attaques q paraissent lui avoir été fort sensibles. Son sermon s C Impureté, où il fait une peinture si hardie de la corru lion du temps, et rend les femmes responsables de prc

1 Dif-fimltés sur te livre des Éclaircissements, etc.. Œuvres co pleles d Aniauld, t. XXVI, p. 176. Cal écrit est daté de 1680.

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