Id., ibid., p. lli
religieux un enfer pour Paris et un autre enfer pour les provinces, Bourdalouo no croyait pas que le dogme de I eternilj des peines dût être présenté tout à fait de la même manière aux hommes instruits et aux simples *. Dans les humbles paroisses de village, où ce prédicateur ordinaire du roi no dédaignait pas d'aller annoncer la parole de Dieu, il étonnait par la clarté familière de son langage. « C'est d(jnc là ce fameux prédicateur de Paris, disaient les paysans : nous avons compris tout ce qu'il a dit - ! » L'expression naïve de cette déconvenue était une crili(iuo dans la bouche de ces braves gens, (jui ne se croyaient pas en droit d'admirer ce (ju'ils co.ïjprenaient : à nos yeux, c'est un éloge également rare et touchant.
En lOSj, une importante mission l'ut conliée à Bourdaloue, et sollicita à la fois toute son éloquence, toute sa science et tout son zèle. L'éJit de Nantes venait d'être révoqué. Louis XlVchargea plusieurs prédicateurs eu renom d'aller achever dans les provinces le grand ouvrage, moins avancé (ju'on ne le lui faisait croire, de la conversion des réformés. Bourdaloue devait cette aimée-là prêcher l'A vent à la cour. Louis XIV jugea que son éloquence serait plus utilement consacrée au rétablissement de l'unité de religion dans le royaume. « Les courtisans, dit-il à Bourdaloue, entendront peut-être des sermons médiocres; mais les Languedociens apprendront une bonne doctrine et une belle morale. »
Bourdaloue partit pour Montpellier '^.
Il se trouvait ainsi jeté au cœur même du pays ennemi. De toutes les villes françaises où l'hérésie avait conservé (juehiue force, Montpellier était assurément la plus importante. Entouré de beaucoup d'autres cités à demi-calvinistes, Niraes, le Yigan, Montauban; habité par une population nombreuse, intelligente et active ; célèbre par le développement et la variété des études (jui florissaient dans