De la Mode
Dieu punit quelquefois les peuples, le ciel nous avait fait naîire sous la domination d'un prince moins religieux, combien verrions-nous de courtisans tels que les concevait Tettnllien, qui ne balanceraient pas sur le parti qu'ils auraient à prendre et qui, sans hésiter et aux dépens de Dieu, rechercheraient la faveur de César! Majori formidine Co'.sarem observatis. Sans faire nulle supposition, combien en voyons-nous dès maintenant disposés de la sorte, c'est-à-dire non pas impies et scélérats, mais prêts à l'être s'il le fallait être, et si l'être en effet était une marque qu'on exigeât d'eux, de leur complaisance et de leur attachement! Auraient-ils là-dessus quelque scrupule, ou écouteraient-ils leurs remords «t leurs scrupules ? la concurrence de la créature et de Dieu les arrêterait-elle? et, emportés par l'habitude où ils sont élevés de se conformer en tout aux inclinations du maître de qui ils dépendent, ne se feraient-ils pas un principe, s'il était libertin, de l'être avec lui et, s'il méprisait Dieu, de le mépriser comme lui ^? »
Tienne la Régence, et ces prévisions seront trop bien justifiées. En attendant, le futur Régent lui-même, ce « fanfaron de crimes, » faisait ses dévotions à Saint-Eustache les jours de grande fête, et Saint-Simon dit fort judicieusement : « Moins de dévotion de calendrier et moins de licence les soirs auraient formé une vie plus unie et plus décente 2. »
Bourdaloue a fait de l'hypocrisie la matière expresse d'un de ïies sermons; il l'a combattue encore, et toujours avec une énergie particulière, dans les sermons sur la Vraie et^la faussepiété, sw la Sévérité chrétienne, sur le Jugement de Dieu, dans ses Panégyriques, dans ses Pensées. L'hypocrisie lui était doublement odieuse, et par la répugnance qu'elle inspirait à sa parfaite rectitude, et parce que ce mensonge sacrilège compromettait la religion même, en rendant toute piété suspecte. Bourdaloue nous l'a déjà dit, « le libertin ne manque jamais de se prévaloir delà fausse piété pour se persuader à lui-même qu'il n'y en a pas de vraie ; » il les confond artificieusement l'une avec
i. Sur le Re-ipect humain, 2" partie, t. I, p. 283. 2, Saint-Simon, t. XII (année 1715, fin).