‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 285 sur 323 · LES HYPOCRITES · texte numérisé non relu

LES HYPOCRITES

'autre dans ses discours et, sous prétexte d'attaquer la )romière, il fait mépriser la seconde. C'est ce que Bourlaloue reproche fortement au Tartuffe de Molière.

« Comme la fausse piété et la vraie ont je ne sais combien raclions qui leur sont communes ; comme les dehors de l'une ;t de l'aulre sont presque tout semblables, il est non seulement iisé, mais d'une suite presque nécessaire que la même raillerie jui attaque l'une intéresse l'autre, et que les traits dont on jeint celle-ci défigurent celle-là, à moins qu'on n'y apporte outes les précautions d'une charité prudente, exacte, et bien ntentionnée, ce que le libertinage n'est pas en disposition de aire. Et voilà, chrétiens, ce qui est arrivé, lorsque des esprits profanes, et bien éloignés de vouloir entrer dans les intérêts le Dieu, ont entrepris de censurer l'hypocrisie, non point pour en réformer l'abus, ce qui n'est point de leur ressort, mais îour faire une espèce de diversion dont le libertinage pût pro- Iter, en concevant et faisant concevoir d'injustes soupçons de a vraie piété par de malignes représentations de la fausse- V'oilà ce qu'ils ont prétendu, exposant sur le théâtre et à la risée publique un hypocrite imaginaire, ou même, si vous voulez, ju hypocrite réel, et tournant dans sa personne les choses les plus saintes en ridicule, la crainte des jugements de Dieu, ['h'»rreur du péché, les pratiques les plus louables en ellesinêmes et les plus chrétiennes. Voilà ce qu'ils ont affecté, met- ;ant dans la bouche de cet hypocrite des maximes de religion faiblement soutenues, en même temps qu'ils les supposaient [orlement attaquées ; lui faisant blâmer les scandales du siècle l'une manière extravagante; le représentant consciencieux jusqu'à la délicatesse et au scrupule sur des points moins importants, où toutefois il le faut être, pendant qu'il se portait d'ailleurs aux crimes les plus énormes ; le montrant sous un visage ie pénitent, qui ne servait qu'à couvrir ses infamies i... »

Quelques précautions que Molière eût prises pour mettre la vraie piété hors de cause, Bourdaloue n'avait pas tout à fait tort de donner cette portée au Tartuffe, de craindre les applications et l'abus qu'on en pouvait faire,

1. Dominicales. 7' dim. ap. la Pentecôte, sur l'Rypocrifie, 1« paitio. t. VI, p. 213-214.

d'y voir enfin, le mot est heureux et juste, une sorte d^ diversion dont le libertinage devait profiter. Et pour tant, ce même sermon sur V Hypocrisie où Bourdaloue con damne si sévèrement ces « damnabies inventions pour bu milier les gens de bien » atteste, par une confii'matioi aussi curieuse que frappante, la vérité des peintures di poète comique. On sait avec quelle verve Molière flagelL non seulement les hypocrites, mais leurs complices e leurs dupes. Dans un siècle oii l'usage prévalait de s'atta cher à un directeur, sorte de personnage équivoque qu'oi écoutait comme un oracle, et dont l'autorité balançai celle du confesseur, l'hypocrisie eut ce caractère particu lier et cette singulière puissance de former des partis, e de mettre des cabales redoutables au service de ses inté rets, de ses ambitions ou de ses haines. « Aujourd'hui dit don Juan, la profession d'hypocrite a de merveilleux avantages... Tous les autres vices des hommes sontexposéi à la censure, et chacun a la liberté de les attaquer hautement ; mais l'hypocrisie est un vice privilégié qui, de sî main, ferme la bouche à tout le monde, et jouit en repo! d'une impunité souveraine. On lie, à force de grimaces une société étroite avec tous les gens du parti. Qui er choque un se les attire tous sur les bras, et ceux que l'or siitmême agir de bonne foi là-dessus, et que chacun con naît pour être véritablement touchés, ceux-là, dis-je, soni toujours les dupes des autres ; ils donnent bonnemeiii dans le panneau des grimaciers, et appuient aveuglémeni les singes de leurs actions. Combien crois-tu que j'en connaisse qui, par ce stratagème, ont rhabillé adroitement les désordres de leur jeunesse, qui se font un bouclier du manteau de la religion, et, sous cet habit respecté, ont la permission d'être les plus méchants hommes du monde ? On a beau savoir leurs intrigues etles connaître pour ce qu'ils ^ont ; ils ne laissent pas pour cela d'être en crédit parmi les gens ^.. »

Sur un tout autre ton et dans un autre style, Bourdaloue

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