ENCORE LE SERMON SUR L'IMPURETÉ
rappelons-nous encore que madame deMontespan, quoique menacée elle-même, n'en était pas moins suspecte d'avoir entretenu avec les principaux coupables des relations compromettantes, soit pour se procurer des poudres d'amour qu'elle devait donner à Louis XIV, au risque de mettre en danger les jours du prince, soit pour se délivrer par le poison des craintes qu'avait tout d'abord inspirées à sa prévoyance jalouse la faveur naissante de mademoiselle de Fontanges ^ : rappelons-nous toutes ces choses, et nous devinerons les sentiments que dut éprouver Louis XIV, quand il entendit ces paroles qu'il faut citer encore une fois :
« Oa sait) disait le poète, ce que peut une femme irritée; mais on ne savait pas jusqu'à quel excès pouvait aller sa colère, €t c'est ce que Dieu a voulu que nous connussions. En effet, ne vous fiez point à une libertine dominée par l'esprit de débauche : si vous traversez ses desseins, il n'y aura rien qu'elle n'entreprenne contre vous;... elle vous trahira, elle vous sacrifiera, elle vous immolera. C'est par l'homicide, poursuivait TertuUien, que le concubinage se soutient, que l'adultère se délivre de l'importunité d'un rival '... »
Le prédicateur faisait aussi, on s'en souvient, la vigoureuse peinture des inquiétudes, des chagrins, des violences qui troublent infailliblement les liaisons coupables : c'était l'image même des sa'-nes orageuses qui à cette époque éclataient sans cesse entre Louis XiV et madame de Montespan. « Ou celle dont on fait son idole est vaine et mdiscrète, ou elle est fière et orgueilleuse, ou elle est capricieuse et inégale'... » Quel retour le prince dut faire à ces mots sur les aigreurs et les jalousies de l'altière favorite !
Enfin madame de Montespan, et c'était la cause de ses dépits, ne régnait plus toujours sans partage. Le monar-
1. Voy. Pierre Clément, la Police sous Louis XIV, chap. vu. i. Sur l'Impureté, i" partie, t. III, p. 83. 3. Ibid., p. 93.
que, fatigué de, l'ancienne liaison, semblait indécis de son choix. Nous avons nommé l'objet sur lequel l'inclination flottante du prince avait paru un instant vouloir se fixer. On avait vu quelques mois auparavant la courte mais éclatante laveur de mademoiselle de Fontanges : une autre Fontangcs n'allait elle pas supplanter encore madame de Montespan délaissée? On pouvait le craindre. Cette crainte, n'en surprendrons-nous point quelques indices dans le sermon sw l'Impureté? Encore une fois, Bourdaloue est résolu à tout dire.
« Combien jvoif-on d'impudiques qui se convertissent?... Ils se défont d'u!) engagement, mais ce n'est que pour en former un autre. La fréqiienlation de cette personne leur devenant même nuisible selon le monde, ils s'en éloignent, mais ils prennent parti ailleurs : au défaut de celle-ci, ils trouveront celle-là.. Quand donc feront-ils une vraie pénitence ^ ? »
Tels sont les avertissements et les reproches, voilés, mais transparents, que IBourdaloue eut le courage de faire entendre à Louis XIV. Ce ne fut point en pure perte. Après quelques temps ^d'hésitation, le roi revintau devoir. Mademoiselle |de Fontanges avait brillé et disparu comme un météore. Elle était morte triste et délaissée en juillet 1681, à Chelles, oii depuis un an elle survivait à son éclatante et courte fortune. Madame de Montespan eut encore quelques jours d'illusion : mais elle ne put ressaisir l'ascendant; le cœur lui avait échappé. Louis la fréquenta de moins en moins et finit par la délaisser tout à fait. Sans doute l'honneur de cetle séparation définitive ne revient pas seulement à Bourdaloue. L'habile diplomatie de madame de Maintenon et l'inclination croissante qu'elle sut inspirer au roi contribuèrent plus à ce dénouement que les conseils des prédicateurs, des confesseurs et de tous ceux qui avaient autorité pour s'adresser à la conscience du prince. Madame de Montespan elle-même, par son