‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 308 sur 323 · CONVERSION DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

CONVERSION DE LOUIS XIV

humeur dominante et querelleuse, y travailla sans le vouloir. pl:is que personne. Mais il est incontestable que les influences chrétiennes, et principalement la prédication de Bourdaloue que le roi entendit si souvent dans ces temps de crise intérieure, préparèrent celle lente évolution des sentiments de Louis XIV, et la firent tourner à l'avantage de la morale et du devoir. Bourdaloue, Bossuet, le P. de La Chaise n'emportèrent pas de haute lutte une conversion éclatante; ils ne hâtèrent pas beaucoup peut-être l'heure où la lassitude et le dégoût devaient dénouer le trop long attachement qui avait enchaîné le roi ; mais ils obtinrent du moins que cette heure, quand elle viendrait, ne marquât plus seulement un changement de passion et de désordre, mais un changement de vie et un retour au bien. La reine, si longtemps humiliée par le triomphe des maîtresses dont Louis XIV ne lui avait pas épargné l'indécent spectacle, fut traitée dans les derniers temps avec plus d'égards, et peut-être avec quelque tendresse; et le roi, en qui le feu des passions n'était nullement éteint (son empressement à épouser madame de Maintenon après la mort de Marie-Thérèse en est la preuve), donna désormais l'exemple d'une vie régulière.

.Malheureusement cet exemple venait trop tard. « Quand Votre Majesté voudra, disait Bourdaloue, ces vices honteux au nom chrétien cesseront d'outrager Dieu et de scandaliser les hommes. » En cela, Bourdaloue se trompait. Le pouvoir absolu de Louis XIV ne s'étendait pas jusque-là. La Providence réserve aux princes coupables ce châtiment de ne pouvoir réparer leraal qu'ils ont fait. Tout-puissants pour corrompre, c'est en vain qu'ils voudraient étouffer les mauvais germes qu'ils ont semés. Depuis qu'il tenait les rênes du gouvernement, Louis XIV donnait ses désordres en spectacle et en exemple à sa cour et à ses peuples; pendant quatorze ans, il avait mis en honneur le scandale d'un double adultère; il avait toléré ou favorisé le luxe, le faste, le mépris des mœurs honnêtes, la complaisance servile et sans scrupule qui sont les conséquences nécessaires de ces royales faiblesses; et il s'imaginait qu'à la seule vue de sa

conversion, chacun se convertirait comme lui. La corrup-r tion ne lit que changer d'allures ; elle se cacha et se propagea dans l'ombre; elle continua de faire sa cour, mais avec un masque, et l'on commença de mépriser secrètement un roi qui seul peut-être dans son royaume était la dupe de ce changement hypocrite.

Il faut ajouter que la conversion de Louis XIV, quoique sincère, n'eut point l'éclat et la publicité qui avaient donné à ses désordres une puissance contagieuse si redoutable. Nulle pénitence solennelle, nul repentir manifeste. L'absolu monarque était trop convaincu de sa demi-divinité pour soupçonner qu'il dût aux hommes une réparation. Quand Bossuet vint annoncer à sœur Louise de la Miséricorde que le comte de Vermandois avait été tué, elle s'écria, dit-on, au milieu de ses larmes : «C'est trop pleurer la mort d'un fils dont je n'ai pas encore assez pleuré la naissance. » Louis XiV ne s'avisa jamais v'o pleurer la naissance du duc du Maine ou de ses autres bâtards. Tout au contraire les faveurs et la prédilection semblaient uniquement réservées à ces enfants de l'adultère. Ce n'était point assez de les légitimer : le jour devait venir oîi on les reconnaîtrait capables de succéder à la couronne. Étrange façon de témoigner son repentir des scandales passés que de les consacrer par d'autres !

En cela, madame de Maintenon inspira mal Louis XIV. Très attachée au duc du Maine qu'elle avait élevé, sûre de trouver en lui son plus ferme soutien, elle encouragea le roi à violer toutes les convenances morales et toutes les lois du royaume pour l'élévation de ses bâtards. Elle se chargea ainsi d'une impopularité oîi elle compromit avec elle le parii dévot, dont elle était réputée l'instrument et l'organe. Sans souscrire aux calomnies trop longtemps accréditées contre cette femme célèbre, il faut convenir que son rôle et son influence produisirent sur l'esprit pubhc une impression fâcheuse. Elle passait pour exercer sur le roi un empire absolu; on savait qu'elle seule avait pu le détacher de madame de Montespan, et elle avait aux yeux du monde le tort d'avoir trop gagné à cette conversion.

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