LES DIVISIONS CHEZ BOURDALOUE
trouverez que cette opposition entre les parties est légitime, parce qu'elle est dans la nature des choses. Par exemple, dans le sermon sut' les Devoirs des pères par rapport à la vocation de leurs enfants *, le prédicateur semble proposer par la division un problème à résoudre, une contradiction à concilier :
« Je dis qu'il ne vous appartient pas de disposer de vos enfants en ce qui regarde leur vocation et le choix qu'ils ont à faire d'un état. Et j'ajoute, toutefois, que vous êtes responsable à Dieu du choix que font vos enfants et de l'état (ju'ils embrassent. Il semble dabord que ces deux propositions se contredisent ; mais la suite vous fera voir qu'elles s'accordent parfaitement entre elles. »
Est-ce là seulement une recherche d'eflfet, un artifice destiné à piquer la curiosité et à la tenir en éveil? Regardez de plus près, et considérez quelles peuvent être les préoccupations d'un père chrétien dans une question aussi grave. Quelle influence peut-il et doit-il exercer sur le choix de sou fils ? Ce point de morale est délicat, précisément parce qu'on est entre ces deux écueils, ou d'en trop faire ou de n'en pas faire assez. Je ne dois pas, se dira le père chrétien, disposer de la vocation de mon fils; Dieu seul a le droit d'en décider, lui, le premier père, le seul qui connaisse les dispositions intérieures des âmes et les secrets de l'avenir. C'est lui qui prépare les voies du salut; c'est à lui d'y conduire mou fils, et quelle témérité serait la mienne si j'engageais mon enfant dans un état qui compromettrait sa vie éternelle ! Je serais coupable envers ce fils bien-aimé comme envers Dieu lui-même; car celui-là seul doit choisir son état qui en supportera les charges, et, puisqu'il s'agit du salut, tout y doit être personnel. Que de reproches je m'exposerais à recevoir de la bouche de mon iils au grand jour du jugement, si j'engageais sa vocation, et, par là, son éteniité ! — Et pourtant, penserait encore ce père chrétien, dans l'hésitation de son cœur, je ne puis rester indifférent au choix de cet enfant, j'ai le