Ibid., p
le croire Bourdaloue; mais, à coup sûr, ils n'auraient trouvé personne pour se faire ainsi publiquement l'avocat ému de leur misère. Le christianisme seul pouvait inspirer cette généreuse et touchante hardiesse de solliciter les bienfaits de la charité pour ceux mêmes que l'on condamne. Avant lui et sans lui, qui aurait prononcé cette simple et sublime parole : Pour être criminels^ ne sont-ce pas toujours des hommes ?
Plus d'une page révèle chez Bourdaloue ce zèle apostolique du prêtre chrétien, qui n'a d'autre ambition sur la terre et qui ne demande à Dieu d'autre grâce que de sauver les âmes. De là des mouvements affectueux et une ardeur de charité d'autant plus touciiante que l'austérité de la dialectique semblait moins comporter ces accents plus tendres. Un contraste rend toujours les impressions plus sensibles. Les larmes ne sont jamais plus capables de nous émouvoir que lorsqu'elles sillonnent un mâle visage. Quelles larmes au théâtre sont plus pathétiques que celles du vieil Horace? C'est ainsi qu'à l'émotion s'ajoute le charme d'une demi-surprise dans ces passages de Bourdaloue oîi l'on sent, chez ce dialecticien, battre un cœur d'apôtre.
« Dissipez, mon Dieu, s'écrie-t-il en parlant des hommes égarés par l'amour du monde, dissipez le charme qui les aveugle; pénétrez-les d'une crainte salutaire du péché; inspirez-leur une haute estime de votre grâce. 11 y a jusques au milieu de la cour de fidèles Israélites qui ne fléchissent point le genou devant Baal ; il y a des âmes droites, pieuses, innocentes. Que ce discours serve à réveiller foute leur ferveur; qu'il leur donne une sainte avidité d'accumuler bonnes œuvres sur bonnes œuvres, et mérites sur mérites! Ce sont les seules richesses que nous pouvons emporter avec nous, et que nous retrouverons dans réternité bienheureuse, etc. ^... »
La charité, au sens chrétien, n'est pas seulement l'amour des hommes, mais aussi et par-dessus tout l'amour
1. Carême. Mercredi de la 5^ semaine. Sur Vétat de péché et l'état de grâce, fin, t. IV, p. 88.