T. XII, p
2. Carême, 1" vendredi, 52»- V Aumône, 1" partie, t. II, p. 110.
(.1:NRE de pathétique propre a BOURDALOUE i33
L'émotion s'y trouve ; mais il faut pour ainsi dire aller l'y chercher : toujours sobre et contenue, elle ne se répand pas vivement au dehors, n'éclate point. Enfin il semble que ces émotions appartiennent moins au prédicateur qu'à la religion même, et que le pathétique, dans les bornes étroites où il se renferme chez liourdaloue, soit comme un fruit naturel du christianisme cru avec ferveur et prêché avec zèle. « Un clerc mondain et irreligieux, s'il monte en chaire, est déclamateur *, » a dit La Bruyère. Nous pouvons dire à notre tour : Un prêtre saint, pénétré de ses devoirs et de la grandeur de sa mission, s'il monte en chaire, est nécessairement ému, au moins quelquefois. Mais nous trouvons chez Bourdaloue une émotion d'un autre genre, plus personnelle, plus intime, inhérente à la trame même du discours, et que la critique de Fénelon^ ici encore trop exclusive, semble méconnaître.
Cette émotion, il est également difficile de la définir en elle-même et d'en faire comprendre la nature par des citations choisies. Il ne faut point, en effet, la chercher dans tel ou tel morceau i\m se puisse détacher. Ce n'est pas un sentiment qui s'éveille à un moment déterminé, nous possède quelque temps, pour s'évanouir ensuite ; c'est une impression d'ensemble, résultant de la marche du discours tout entier ou tout au moins d'une de ses parties, qui se développe et devient plus aiguë par l'enchaînement et le progrès du raisonnement même, sorte de crescendo lent et insensible d'une même note de plusen plus vibrante. C'est ce que madame de Sévigué sentait et exprimait si bien, quand elle écrivait au sujet de Bourdaloue : « Il m'a souvent ôté la respiration, par l'extrême attention avec laquelle on est pendu à la force et à la justesse de ses discours, et jene respirais que quand il lui plaisait de finir "^. » Oui, cette investigation de plus en plus profonde et précise, cette déduction sans paix ni trêve captive l'entendement et le maîtrise par une sorte de curiosité impatiente,