‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 79 sur 323 · Lettre au président de Moulceau, avril · texte numérisé non relu

Lettre au président de Moulceau, avril

émue, sans cesse satisfaite et sans cesse croissante. « Le cœur, dit Pascal, a ses raisons que la raison ne connaît pas. » Ne pourrait-on pas retourner au profit de Bourdaloue le mot de Pascal et dire : La raison a ses émotions différentes de celles du cœur? Émotions de l'intelligence qui cherche la vérité, la poursuit, l'entrevoit, la découvre enfin, la pénètre, l'approlondit, la possède. Émotions semblables à celles qui animent et soutiennent le philosophe dans ses méditations austères, le savant dans sesexpériences, le mathématicien lui-même dans ses études abstraites et tout idéales. Les théologiens distinguent l'orgueil de l'esprit et l'orgueil du cœur : l'esprit, comme le cœur, a ses passions, ses plaisirs, ses ivresses. Ce sont des émotions de cet ordre, les émotions de l'entendement et de la pensée, que m'inspire la lecture suivie d'un sermon de Bourdaloue, et que devaient ressentir bien plus encore ceux qui l'entendaient, « pendus à la force et à la justesse de ses discours. «Il éprouve lui-même et fait partager aux autres, tour à tour, cette ardeur de l'esprit ({ui attaque un sujet, s'en rend maître, l'envisage sous toutes ses faces, en sonde pour ainsi dire tous les replis, et ce contentement de l'intelligence satisfaite qui se repose enfin dans la plénitude delà lumière.

Une fois déjà Bourdaloue nous a fait penser à Démosthène. i\ous ne prétendons établir entre ces deux orateurs aucune parité, et les diversités qui les séparent l'emportent trop sur les analogies qui les rapprochent pour qu'on puisse même tenter un parallèle. Pourtant la nature de leurs moyens oratoires n'est pas toujours différente : d'excellents critiques lont remarqué avant nous. On éprouve à la suite de Démosthène cette même impression d'une marche haletante vers une clarté à chaque pas plus sensible. Chez les deux orateurs, l'émotion, le pathétique, sont intimement liés à l'argumentation et se développent avec elle. On a défini l'éloquence de Démosthène la raison passionnée : c'est qu'en effet, dans ses admirables discours, jamais la raison ne se tait pour laisser parler la passion toute seule. A mesure que la raison s'éclaire, la passion

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