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EN PROVINCE

La fondation d'un noviciat de la Compagnie de Jésus, à Paris, sous le vocable de Saint-François-Xavier, est une des premières inspirations de l'esprit religieux qui se développa si rapidement dans la capitale, au commencement du dix-septième siècle. Il semblait qu'on eût à cœur de relever les ruines de la veille et de préparer l'avènement d'une ère nouvelle.

Un brevet du roi, du 17 mars 1610, le consentement de l'Abbé de Saint-Germain des Prés, seigneur Suzerain du faubourg, en date du 4 0 juillet, et des lettres patentes du mois de septembre, même année, autorisèrent les Jésuites à ouvrir une maison de probation. L'honneur de la fondation appartient à Magdeleine Lullier, veuve de Claude Leroux, sieur de Sainte-Beuve, conseiller au Parlement; de concert avec M. du Tillet son cousin, grefiier au Parlement, elle acheta le jeu de paume de l'hôtel de Mézières,

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au faubourg Saint-Germain, en prit possession Tannée 1610, et, Tannée 1612, remit ses nouvelles acquisitions entre les mains du P. Marin Lancelot, maître des novices (1), promoteur de TŒuvre. Le. jeu de paume et T hôtel de Mézières, avec les terrains qui furent acquis successivement, occupaient Tespace circonscrit aujourd'hui par les rues de Mézières, Cassette, Honoré-Chevalier et T ancienne rue du Pot-de-Fer Saint-Sulpice, aujourd'hui rue Bonaparte prolongée (2) .

Bourdaloue eut pour compagnons de novickt plusieurs religieux qui ont joui par la suite d'une certaine célébrité : tels sont le P. Vincent Houdry, prédicateur et auteur du Dictionnaire des prédicateurs; le P. Michel Nau, missionnaire et voyageur, dont les travaux sur la Syrie et sur le mahométisme attirèrent Tattentîon du T. R. Père général ; le P. Michel Nyon, éditeur d'un ouvrage précieux de Ribier, député aujc états généraux de 1614 (3); enfin le P. de la Trémoille.

Après avok reçu au collège de Bourges Téducation religieuse que la Compagnie de Jésus sait allier à Téducation de r homme du monde; Bourdaloue avait apporté à l'action de Dieu une correspondance fidèle. Cette vie de règle, de travail et de prière, était une préparation à la vie et aux épreuves du noviciat; les difficultés qu'il avait rencontrées de la part de sa famille, au moment où la grâce de la vocation se manifestait impérieusement à lui, eurent pour résultat, de fortifier dans son cœur les résolutions antérieurement arrêtées.

Déjà prévenus avantageusement par les antécédents bien connus du jeune postulant, les supérieurs ne tar-

(1) Le premier recteur du noviciat est le P. Jean de la Bretesche, en 1611.

(2) Appendice n» V. Le noviciat de la G* do Jésus à Paris.

(3) Lettres et mémoires d'Etat sur IThistoire de 1537 à 1560.

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dërent pas i reconnaître en lui tous les caractères du parfait novice, nn jugement sain, un cœur généreux au service d*un ardent esprit de foi entretenu par une solide piété; enfin le zèle de la gloire de* Dieu et du salut du prochain.

M"* de Pringy s'étend Icmguement sur les dispositions de Louis Bourdaloue pendant les prémices années de sa vie religieuse, nous lui laissons la parole : a Le consentement paternel laissa au zèle du jeune Bourdaloue toute rétendue dont il était capable, et on peut dire qu'il se donna tout entier à sa vocation. Il n'y en eut jamais une plus prompte, puisque la première démarche de sa raison fut pour la suivre ; et jamais vocation ne fut plus ardente, puisque le feu d'un beau naturel répondait en lui au feu de la charité. Quel zèle, quelle ferveur, quel déâr en choisissant la vie religieuse pour son état (1) ! »

Vers les premiers jours d'automne 1650, Louis Bourdaloue quittait le noviciat et se rendait au collège d'Amiens (2) pour y enseigner les classes de grammaire et les humanités (1650-1654) ; à l'automne de 165i, il alla professer les humanités à Orléans (3). Après le cours de régence des classes inférieures, Louis, alors âgé de vingtdeax ans, suivit pendant une année le cours de philosophie au collège de Clermont (&), puis commença l'étude de la théologie au même collège (5). Pendant la quatrième aimée, le catalogue lui donne les fondions de Bidelle du cours d'Écriture sainte et d'éloquence sacrée (6).

Les SIX années d'études que Louis Bourdaloue passe au

(1) Vie du P. Bourdaloue. — Appendice n» XV.

(2) Appendice n® VI. Notice sur le coll(''ge d'Amiens.

(3) Appendice n» VU. Notice sur le collège d'Orléans.

(4) Appendice n* Vin. Notice sur le collège de Clermont à Paris.

(5) Il y avait un autrd cours de théologie à la Flkhe.

(6) S, Scripturse et concionum.

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scolasticat du collège de Clermout soni pour lui des années de vie intérieure et de travail ; tout en faisant valoir le talent que le souverain Maître lui a confié, il cherche avant tout à former T homme religieux ; il apporte à Tétude des sciences ecclésiastiques la pureté d'intention que réclament la sainteté et le désintéressement du ministère apostolique ; c*est dans la prière qu'il cherche la lumière et la sérénité de Tâme ; longtemps avant que d'y être obligé par les ordres majeurs, il récite Toffice divin qui avait pour lui un attrait particulier (1). Fidèle à la devise de l'ordre auquel il a l'honneur d'appartenir, tout pour la plus grande gloire de Dieu^ il en accepte les conséquences dans la direction de sa conduite personnelle. C'est pour lui un puissant stimulant au travail et en même temps un sage tempérament aux entraînements du succès.

Vers la fin de l'année 1660, la dernière de ses études théologiques, Bourdaloue fut appelé à recevoir la prêtrise. Nous trouvons, dans une Exhortation sur la dignité et les devoirs des prêtres^ l'expression des sentiments qui l'animèrent à ce moment solennel. Écoutons-le :

Voici donc ce que je me dis à moi-môme et ce que je dois me dire en approchant de Tau tel et en me disposant à célébrer le plus redoutable de tous les mystères ; c'est la place d'un Dieu que je vais tenir, non point seulement par commission, non pas seulement pour déclarer la volonté qu'il a de s'immoler à son Père, mais comme s'il résidait lui-même en moi ou que je fusse transformé en lui. Je vais parler comme lui, agir comme lui, opérer le même sacrement avec lui et consacrer le même sang (2).

(1) Mém. de Trévoux, 1704, août, p. 14-21.

(2) Exhort. sur la dignité et les devoirs des prêtres, Œuv., t. VIII, p. 278.

l'homme reugieux 17

Le jeune religieux terminait le cours ordinaire des études dans un âge relativement peu avancé, à vingt -huit ans.

Les supérieurs jugèrent à propos de développer et de fortifier les talents dont il avait fait preuve, en lui confiant les premières chaires du haut enseignement. A la rentrée des classes, en 1660, Bourdaloue alla enseigner la rhétorique à Rouen (1). Après la rhétorique, il enseigna la philosophie (4661-1662), puis Tannée suivante, les sciences physiques, et termina cette période d'enseignement par un cours de théologie morale.

Il joignait à ces graves fonctions l'exercice du ministère de la confession auprès des membres de la congrégation des Messieurs. A la même époque, il débuta dans la chaire et fit pressentir le talent dont il a laissé tant de preuves. « Divers sermons qu'il prêcha pendant qu'il enseignait la théologie morale furent si bien reçus et tellement applaudis, dit le P. Bretonneau, que ses supérieurs se déterminèrent à l'appliquer uniquement au ministère de la prédication (2). »

Bourdaloue avait acquis toutes les connaissances qu'un homme, aussi favorisé des dons de l'intelligence et du cœur, pouvait recueillir; depuis longtemps, il était apprécié comme un esprit supérieur, mais il n'était pas encore possible d'entrevoir l'étendue de sa puissance oratoire : religieux humble et modeste, il cachait sous le boisseau les talents dont il était abondamment pourvu; soit quil les ignorât, soit qu'il ne voulut point se les avouer, il attendait l'heure de Dieu. Toutefois, s'il s'oubliait luimême, la Compagnie avait les yeux ouverts sur lui ; déjà elle lui reconnaissait un génie élevée un jugement solide^

(1) Appendice n' IX. Notice sur le colloge de Rouen.

(2) P. Bretonneau, Œuvres de Bourdaloue^ t. I, préface.

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tme grande prudence^ des connaissances étendues sur toutes les matières de F esprit (1).

Nous arrivons ainsi aux derniers mois de Tannée 1664. Le jeune religieux avait achevé ses études ; il avait passé par toutes les épreuves qu'imposent les constitutions de la Compagnie de Jésus, et comptait seize années de religion. Avant de prononcer les derniers vœux, il se rendit au noviciat de Nancy (2) pour y faire une troisième année de probation (1664-1665), bien que Rouen possédât une maison de même genre à l'usage de la Province de France. Par cet éloignement momentané, Bourdaloue trouva la solitude, le calme, le recueillement qu'il eût vainement cherché à Rouen où, depuis plusieurs années, il s'était créé de nombreuses relations par l'éclat de son enseignement.

La prédication est un des exercices ou l'une des épreuves auxquelles sont soumis les jeunes religieux pendant la dernière probaUon. Conformément au règlement, toutes les semaines ils allaient faire le catéchisme aux enfants des écoles , et pendant le carême ils prêchaient la doctrine chrétienne dans les 'villages environnants. Au carême de l'année 1665, Bourdaloue évangélisa le village de Malzéville ; il remplit sa mission avec tant de zèle et tant de force que les paroissiens, à la fin de la station, déléguèrent un personnage notable de l'endroit pour remercier le P. recteur du noviciat (3) . Une tradition locale assure que

(1) Ingenium sublime, judicium finnum, prudenlia bona, profectuf in îilterù jnagnus in omnibus. (Arch. S. /.)

(2) Appondico n» X. Les Jésuites à Nancy.

(3) 10G5. Novitii nostri, pro more, in scholis ad pueras, singulis annis per annum, et in pagis ad rusticos, per quadragesimam, de Christiana vitd recle instituendà verba habuêre. Inter alios, unus aii^ quis tanto ardore, tantaque vi, de rébus divinis dixit ad populum, ut ad P. Rectorem delegatus fuerit vir nobilis qui nomine totius Parœcise, gratias egerit, qui addidit excussas sibi a novitio oratore non sine ingenti animœ suœ consolatione et fructu, lacrymas. (Litt. ann, domus

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les habitants, par reconnaissance, lui offrirent une pièce de dix mesures de vin de Malzéville, et demandèrent le même prédicateur pour TAvent. Mais le temps d'épreuve était terminé et Bourdaloue devait rentrer dans sa province.

Au sortir du noviciat de Nancy, le P. Bourdaloue fut envoyé, comme préfet des études, au collège Saint-Ignace de la ville d'£u (1) ; il est à croire que ce ministère lui fut confié, moins pour constater ses aptitudes pédagogiques ou administratives, que pour faire honneur, par la présence d*un religieux aussi distingué, au patronage de M"" de Montpensier, rentrée depuis peu en faveur à la Cour. Ces premières relations avec la Ch^ande Mademoiselle n'ont pas été étrangères au bon accueil qui fut fait, quelques années après, au jeune prédicateur, lorsqu'il parut devant le roi : M Le P. Bourdaloue, dit lé P. Bretonneau, eut l'avantage, en entrant daos la carrière de la prédication, qu'il a si heureusement fournie, d'être connu de feu S. A. Mademoiselle ; cette princesse dont la pénétration et le discernement, aussi bien que la grandeur d'âme, égalaient la grandeur de la naissance, l'entendit à la ville d'£u, le goûta, l'honora, non seulement de sa bienveillance, mais de sa confiance, et lui en a donné le plus sensible témoignage eu le faisant appeler pour la soutenir dans les derniers moments de sa vie, et pour l'aider à mourir chré* tiennement (2). »

probaL Nanceianœ S. J. ah a* 1603 ad ann. 1757.) Voir Journal de la Société d'archéoL et du comité du Musée Lorrain, 1856, p. 36 et •21. — Il est inutile de discuter longtemps pour établir que les termes unu$ aliquis désignent, sans le nommer, le P. Bourdaloue; nous savons sûrement qu'il était au noviciat de Nancy en 1665. Le nom du village, Malzéville, est désigné par Tabbé Lionnais, auteur d'une histoire de Nancy.

{\) Appendice n» XI. Notice sur le collège de la ville d*Eu.

C») Œuvres. Préface, 1. 1, p. 10.

Comme préfet des études, le P. Bourdaloue avait à se préoccuper de la bonne éducation de ses élèves et de leurs progrès dans les lettres ; en outre, il prêchait dans l'église du collège, entendait les confessions du^ public et faisait partie du conseil de la maison. On signale l'ancienne église Saint- Jean, aujourd'hui disparue, comme ayant été souvent le théâtre de ses pré&ications. Cette église, la plus ancienne paroisse de la ville, était contiguë au monastère des religieuses Ursulines, où la duchesse recueillait ses orphelines; elle s'y rendait souvent et les orateurs de l'église Saint-Ignace, très rapprochée de Saint-Jean, ne pouvaient manquer de donner leur concours au zèle de l'illustre bienfaitrice.

Les supérieurs ne tardèrent pas à s'apercevoir que le P. Bourdaloue n'était point à sa place : sa vie se dépensait sans résultat proportionné à ses talents. L'humble religieux attendait l'heure de la Providence, en recueillant toujours de nouveaux succès dans l'exercice du ministère de la parole.

Après une année de séjour au collège d'Eu, Bourdaloue fut reth'é des fonctions scolaires et appliqué exclusivement à la prédicîation. Avant de quitter le collège Saint-Ignace, il prononça ses derniers vœux et fit la profession solennelle, le 2 décembre 1666, dans la trente-cinquième année de son âge et dans sa dix-neuvième année de religion (1) .

A la fin de Tannée 1666, Bourdaloue arrive au collège d'Amiens. Il y remplira les fonctions de prédicateur et de confesseur à l'église du collège, et entendra les confessions des élèves congréganistes.

(1) Nizard, Eist. de la liU. franc., t. IV, p. 280, éd. 1863, dit que Bourdaloue s'était formé à la méthode du raisomiemcnt en enseignant les sciences pendant dix-huit ans; il y a erreur : Bourdaloue n'a enseigné les lettres et les sciences que pendant huit ans.

L*HOHHE RELIGIEUX 21

L'année suivante (1667) , il passe au collège de Rennes (1) ; c'était une des résidences de province où la Compagnie de Jésus avait le plus d'obligations à remplir pour la prè^ dication ; elle donnait un prédicateur à la cathédrale, aux grandes stations d'Avent et de Carême, un prédicateur à l'église du collège, et entretenait un directeur des retraites spirituelles.

Nous n avons rien trouvé sur les œuvres du Révérend Père dans la capitale de la Bretagne : comme au collège d'Amiens, il remplit les fonctions de prédicateur et de confesseur auprès des élèves membres de la congrégation.

De Rennes, le P. Bourdaloue retourne à Rouen vers la fin de Tannée 1668, pour y continuer ses prédications devant un auditoire connu et dans un diocèse où il avait conquis depuis longtemps la confiance et l'admiration universelles. La présence d'un religieux aussi estimé dans la ville de Rouen était ime consolation au milieu des calamités que la peste et ses suites avaient amenées dans la contrée. A n'en juger que par les mesures prises contre l'invasion du fléau, on doit reconnaître qu^il fallait un courage héroïque (robéissance le donne au religieux) pour aller partager le sort de tant de victimes; soit que Bourdaloue ait été envoyé par ses supérieurs, soit qu'il ait demandé lui-même la faveur de porter secours aux pestiférés, nous devons lui savoir gré d'une conduite inspirée par la plus sublime charité (2).

L'année suivante, il quitte le collège de Rouen et se rend à Paris. Nous trouvons, dans un livre de recette et

(1) Appendice n^ XII. Notice sur le collège de Rennes.

(2) Ce dévouement était traditionnel dans la Compagnie : pendant la peste de 1622, à Rouen, quelques Pères Jésuites et des Capucins se mirent à la disposition du chapitre de la cathédrale pour porter secours aux pestiférés. (Délib. du chap. du 2Q juin 1622.)

22 LE f. lOOl$ MlinntALOUE

dépense dix collège de ftouea, ce éétaU lutûne de la vie modeste du religieux : « Il fut jieam par le procureur de la jnaison de Bouen la sonuae de 20 livres pour viatique du P. Bourdaloue allant à Saint-Louia, maisoa professe de Paris (1). )) Il arrivait dans la capitale à Tige de treatesept ans, un mois et quelques jours^ aa octobre 1669.

II. — LE p. BOURDALOUE A PARISu — LA MAISON PROFESSE. — SES DÉBUTS. — PRÉDICATEUR A LA COUR. — SES EMPLOIS EN COMMUNAUTÉ. — SON APOSTOLAT A PARIS.

La maison professe de la Compagnie de Jésus, à Paris, située rue Saint-Antoine, était encore connue sous le nom de maison des Grands-Jésuites ou de Saint -Louis. Elle jouissait d'une grande considération dans Topinion publique. On y rencontrait les hommes les plus éminents par la science, l'expérience, le talent oratoire, aussi bien que par les vertus religieuses et le zèle apostolique.

Dès que les supérieurs eurent manifesté au P. Bourdaloue la volonté de Dieu, il se mit en devoir de répondre à leur confiance et à l'attente du public ; il comprit la néces* site du travail, d'un travail recueilli, en présence de Dieu, en présence de soi-même, loin des regards et de la rencontre des hommes, loin des agitations de l'opinion et des luttes de parti ; il se rappela les beaux jours passés au commencement de sa vie religieuse, dans le noviciat de Saint-Franç<HS Xavier et demanda k y fixer son séjour : là, tout porte à Dieu, le recueillement et la candeur des novices, Taustèiie et douce gravité de leur maitre; si les

(l) Arch. de Rouen.

L'flOHIlS REUfilEUX 23

gens du monde pénétrent dans cette enceinte bénite, c'est pour y vivre eux-mêmes dans le silence, la prière et la retraite.

Les supérieurs se prêtèrent d'autant plus volontiers aux désirs du jeune prédicateur, que sa santé réclamait de grands soins ; une transition trop brusque de la vie de province à la vie de Paris-ville (1), n'était pas sans danger pour £a complexion délicate ; la résidence du faubouig Saint-Germain rassemblait tous les avantages; avec la solitude, Bourdaloue y trouvait l'air calme et pur de la campagne ni favorable au repos du corps et à l'activité de l'âme. Il devait y remplir les fonctions de prédicateur dans l'église dédiée à saint François Xavier.

Le noviciat n'était plus tel qu'il l'avait connu vingt ans auparavant : les œuvres de zèle avaient pris du développement ; les congrégations étaient formées ; on commençait à organiser r«euvre des retraites. Le faubourg, jadis refuge des vagabonds et des habitués du Pré-aux-Clercs, subissait l'heureuse influence des communautés religieuses qui s'y étaient multipliées soos la protection de l'abbé de Saint-Germain des Prés. Le noviciat de la Compagnie de Jésus avait contribué pour une la^ge part à l'amélioration du quartier. M. Olier, curé de Swxt-Sulpice, aimait à lui rendre cette justice. « M. Olier, dit Tauteur de sa vie (2), chérissait sincèrement tous les ordres religieux qui l'aidaiait à sanctifier sa paroisse, mais particulièrement les deux maisons du noviciat des Dominicains (3) et des Jésuites, où la doctrine était aussi pure que la piété était

(1) Paris était divisé en trois parties : la cité, au milieu de la Seine; la ville ^ sur la rive droite, et V Université, occupant le versant septentrional de la montagne Sainte-Geneviève, sur la rive gauche.

(2) Vie de M. OUer, par labbé Faillon, t. I, p. 481.

(3) Le noviciat des Jacobins ou Dominicains est actuellement occupé par le comité d'artillerie, près Saint-Thomas d'Aquiu.

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florissante ; et on l'entendit même répéter plus d'une fois que si la divine miséricorde répandait tant de grâces sur la paroisse et y faisait tous les jours de nouvelles conversions, c'était le fruit des prières de ces deux saintes communautés. »

Pendant les trois années qu'il passa à Saint-François Xavier, Bourdaloue établit sa réputation d'orateur par les stations suivantes : l'Avent de 1669 et le Carême de 4670 à l'église Saint-Louis de la maison professe (1); l'Avent de 1670 aux Tuileries; le Carême de 1671 à Notre-Dame ; l'Avent de 1671 à Saint-Jean en Grève (2); le Carême de 1672 à la cour; sans parler des prédications attachées à son emploi de prédicateur ordinaire de l'église du Noviciat.

Au mois d'octobre de l'année 1672, le P. Bourdaloue fut appelé de nouveau à la résidence de la maison professe , rue Saint-Antoine (3).

. Nous donnerons en quelques mots l'histoire et la description de cet établissement, où l'éloquent religieux a passé trente-deux années de sa vie apostolique.

En 1580, lorsque les Jésuites sortirent du quartier de rUniversité, pour étendre leur action sur la société catholique de la ville de Paris, ils passèrent sur la rive droite de la Seine. Après quelques hésitations, ils acceptèrent de la munificence du cardinal de Bourbon l'hôtel de Rochepot, ancienne résidence d'une branche de la famille des Montmorency, situé rue Saint-Antoine, entre le mur d'enceinte de Philippe-Auguste et la rue Saint-Paul (4).

(1) Aujourd'hui église paroissiale Saint-Paul-Saint- Louis, rue Saint-Antoine.

(% LUtc véritable et générale de tous les prédicateurs, 1646-1700 (Bibl.nat., réserve).

(3) Catal. arch., S. J.

(4) Le mur qui règne à droite de la ruelle conduisant au lycée Charlemagne, donne l'alignement de l'ancien mur de Philippe- Auguste (douzième siècle).

L*HOHMB RELIGIEUX 2o

A l'origine, les religieux s'étaient contentés d'ouvrir une petite chapelle dans les bâtiments de l'hôtel et de meubler quelques chambres à leur usage. Cet état provisoire ne fut pas de longue durée; les lettres annuelles de 1584 parlent d'une chapelle plus étendue, constriiite par la libéralité des fidèles en 1583 ; la disposition de cette chapelle et des bâtiments conventuels nous est connue par les anciens plans de Paris, de Quesnel et de Vassalieu (1609). La maison des prêtres de Saint -Louis se composait d'une chapelle longeant la rue Saint- Antoine, avec entrée latérale sur la voie publique ; les bâtiments réservés aux religieux étaient élevés perpendiculairement à la rue et fermés par un corps de logis parallèle à l'église. Cette installatioû dura plus de quarante ans, depuis 1583 jusqu'au- . jour où Louis XIII et Richelieu voulurent contribuer à l'établissement définitif. La construction de l'église dédiée à saint Louis, roi de France, a été commencée en 1627, aux frais du roi. Le portail est dû à la générosité du cardinal de Richelieu.

La ruelle qui longe l'église Saint-Paul-Saint-Louis conduisait à une première cour, circonscrite à gauche et en face par l'abside, la sacristie et par des bâtiments de service; à droite, par une des façades de la maison conventuelle. En entrant dans cette première cour, on trouve à droite l'escalier d'honneur conduisant aux congrégations, à la salle de réception, à la bibliothèque, avec une issue vers la partie du bâtiment exclusivement réservée aux religieux. Au fond de la même cour à droite, un passage menait directement â la clôture, à l'escalier des religieux et au jardin de la communauté. Ce jardin était entouré de constructions de diverses époques, élevées de deux étages au-dessus du rez-de-chaussée. Le bâtiment entre la première cour et le jardin, accessible â ses deux extrémités, renfermait les chapelles et salles de réunion desti-

i6 us p. iOniB BOURDALOUE

nées aux congrégations des Messieurs de la ville et des Artisans. L'aile gauche, en entrant dans le jardin intérieur, a été reconstruite vers la fin du dix-septième siècle, sur les proportions de Taile parallèle, mais sans style; elle était réservée aux religieux ; au rez-de-chaussée, on trouvait un vestibule avec lavoir, le réfectoire commun, les cuisines ; toutes ces pièces, reliées ensemble par un corridor prenant jour sur la rue Charlemagne, étaient éclairées par des firaêtres ouvertes sur le jardin intérieur. Les religieux habitaient les étages supérieurs ; aucune marque extérieure ne distinguait une cellule de l'autre; les exigences ou les convenances du ministère réglaient seules la distribution des chambres (1). L'aile droite a été élevée en même temps que l'église dans le style assez riche, mais un peu lourd, du siècle de Louis XIII. On y trouvait une salle de réceptions, les procures de misions et au-dessus la bibliothèque éclairée par des oôls-de-bœuf , avec plafonds ornés de peintures dues à un artiste italien du nom de Gherardini.

La maison de Saint-Louis est le second établissement ouvert par la Compagnie de Jésus dans Paris ; il vient après le collège de Glermont, fondé en 1563. Le personnel qui l'habitait, était composé, en 1581, de douze religieux (2), alors que le collège de Glermont en utilisait déjà soixante et onze. Nous en comptons vingt en 1587; un siècle après, au temps du P. Bourdaloue, en 1688, la maison de Sainl>-Louis comptait trente-sept religieux prêtres et vingt-cinq frères laïcs coadjuteurs.

(1) C'est par pure fantaisie qu'un des biographes du P. Bourdaloue (Profille t, Bhét, de Bourdaloue, p. 4, note) parle do la chambre où est mort le P. Bourdaloue, et de son vaste cabinet de travail, Lç P. Bourdaloue, atteint de la grave maladie qui l'emporta si rapidement, avait sa place à l'infirmerie où il mourut.

(2) Litt. ann.

l'hommb reugieux 27

Nous ne nous écarterons pas de notre sujet en complétant cet état du personnel de la maison professe au dix-septième siècle, par le programme des ministères que remplissaient les religieux de Saint-Louis ; c'est, il est vrai, Foeuvre de tous, mais c'est aussi l'œuvre de chacun, et la suite montrera avec quel zèle et quel succès incomparables le P. Bourdaloue s'est acquitté des fonctions brillantes et humbles dont il a été chargé.

La maison professe de Saint-Louis était un centre d'action catholique dont Theureuse influence s'étendait sur toute la ville. Les différentes classes de la société y trouvaient des secours spirituels : elle était la résidence habituelle des confesseurs des rois et de la famille royale ; les congrégations des Messieurs et des Artisans s'y rassemblaient sous la direction de leurs pères spirituels^ et les procureurs des missions lointaines étendaient ses relations avec le monde catholique.

Quarante religieux prêtres y résidaient habituellement : les uns étaient occupés à l'administration de la province religieuse ou- de la maison; les autres, en grand nombre, se livraient au ministère J4X»stoIique ; ils prêchaient, confessaient, dirigeaient les Congrégations.

Les prédicateurs se partageaient l'année ecclésiastique en sept stations. Le tableau suivant, que nous empruntons à la liste des prédicateurs de l'année 1689, donnera une idée exacte de cette répartition (1) pour l'église Saint- Louis.

(1) La liste véritable et générale de tous ks prédicateurs. Bibl. nat.

40 Garôme. Dimanches et fêtes principales. P. Dorléans.

— Mercredis et vendredis, médita-

tions sur la Passion, à 4 h. P. Grângeron.

— Jeudis et petites fêtes de l'année,

catéchisme

— Samedis à 4 h., instruction fa- } P. Bobynet.

milière, sur la communion et

la confession

2» de Pâques à la Pentecôte, prédicateur . . P. de La Rue.

3« de la Pentecôte au mois d^aoùt «P. Gaillard.

4° du mois d'août jus(îu'à N.-D. de Septembre. P. Bouhdaloue. 5° de Notre-Dame de Septembre jusqu'à la

Toussaint P. Jobert.

6*» l'A vent P. Edstaghe.

70 de l'Avent au Carême P. de Gonnelieu.

Outre ces stations régulières, les Jésuites de la maison professe prêtaient encore leur ministère aux renfermés {\) de l'hôpital général ; au Carême de 1686, on en comptait cinq dans les diverses maisons dépendantes de Thôpital : Notre-Dame de Pitié, Sainte-Magdeleine du Refuge, Sainte- Marthe de Scipion, Saint-Louis de la Salpêtrière, Saint- Jean-Baptiste de Bicêtre.

On les trouvait encore dans les prisons de la Conciergerie et au Foç-fÉvêque prêchant les mardis et jeudis de toute Tannée, tandis que les Carmes-Billettes et les Barnabites apportaient aux prisonniers les consolations et les aumônes des fidèles.

Lorsque le P. Bourdaloue quitta la résidence du faubourg Saint-Germain et vint se fixer à la maison de Saint- Louis, il y rencontra pour collègues, dans TofSce de prédicateur, les PP. Brossamin, Jacques Giroust, François Ménétrier, Germain de Verville, François Ridelle, Etienne Macheret (2). Seize années plus tard, en 1688, d'après un

(i) On appelait ainsi les misérables vagabonds de tout genre que Ton était parvenu à renfermer dans les différents refuges préparés à leur usage.

(2) Voir les notices sur les prédicateurs. — Appendice XIII.

l'homme religieux ^ 20

catalogue manuscrit, la liste des prédicateurs donne encore les noms du P: Bourdaloue, du P. Brossamin et du P. Ménétrier; ses nouveaux collègues sont les PP. Louis Jobert, Honoré Gaillard, Joseph Dorléans, Jérôme de Gonnelieu, Charles de la Rue, Pierre de Villiers, auxquels il faut ajouter les PP. Mathurin Duhamel, Jean Dubois, Jean d'Avril, désignés comme prédicateurs et confesseurs à l'église; le P. Labbe est prédicateur d'office dans la chaire de Saint-Louis.

L'année 1679, Louis XIV ayant enfin rompu tout commerce avec M°^ de Montespan, sans avoir encore brisé toutes ses chaînes, voulut donner au P. Bourdaloue un témoignage public de son estime et nous ajoutons de sa reconnaissance. Depuis plusieurs années, Bourdaloue, dans les stations, du Carême, en 1672, 1674, 1676, et dans les stations d'Avent des mêmes années, avait attaqué fortement les scandales de la Cour ; en 1679, M^^^ de Montespan était éloignée de Versailles et l'on prévoyait que la grâce d'en haut ne tarderait pas à triompher : c'est à ce moment que Louis XIV lui donne le brevet de prédicateur royal avec une pension. Voici en quels termes le Mer^ cure (1) annonce cette nouvelle au public :

« En V ous parlant dans une lettre du dernier mois de l'honneur que M. de Tulle (Mascaron), nommé à Tévêché d'Agen, avait reçu par le brevet de prédicateur ordinaire du roi, j'oubliai de vous dire qu'on en avait envoyé un pareil au P. Bourdaloue, Jésuite, avec les mêmes appointements. Ainsi ces deux grands hommes prêcheront alternativement à l'avenir les Avents et les Carêmes.

Propos de journal, ces deux grands hommes n'eurent pas le privilège exclusif de se faire entendre à la Cour ; d'autres rateurs montèrent dans la chaire royale; mais

{{) Mercure galant, 1679, p. 274.

Bourdaloue et Mascaron furent appelés plus souvent que les autres.

Moins absorbé par la composition de ses sermons, Bourdaloue put, en 1690, ajouter à son ministère de la prédication, Toffice de confesseur dans l'église de la maison de Saint-Louis; en mars 1691, il est nommé consulteur de la Province ; trois ans après il était question de l'appeler à la direction de la maison professe ; sa santé et ses nombreuses occupations l'autorisèrent à présenter ses respectueuses réclamations, et le P. général Thyrse Gonzalez en tint compte. Le plus grand bien demandait, en effet, que le P. Bourdaloue restât libre de l'emploi de son temps et continuât ses prédications si utiles au salut des âmes : il sera plus facile, ajoutait le P. Thyrse Gonzalez, de trouver des supérieurs pour le remplacer dans le gouvernement que des prédicateurs pour le remplacer dans la chaire (1).

Depuis cette époque, le P. Bourdaloue est resté jusqu'à sa mort attaché aux fonctions de prédicateur, de confesseur et de directeur des consciences; nous le suivrons dans chacun de ses ministères, et nous verrons comment, de son vivant, il justifiait la haute opinion dont le Mercure de 1696 rend si bon témoignage en ces termes :

'< Le P. Bourdaloue excelle dans la conduite des âmes, dit-il, il est humble, courageux, fort, il se fait tout à tous; tel est le P. Bourdaloue, savant et pieux religieux de la Compagnie de Jésus ; une des plus grandes lumières de l'ÉgUse, il enseigne la justice aux magistrats, la bonne foi aux commerçants ; apprend aux soldats à bénir Dieu ; prédicateur, il a la noblesse qui relève les sentiments, la force pour supporter le travail, le courage pour résister au mal,

(1) Arch. Gésu. Lettre du P. Thyrse Gonzalez, 15 janvier iri94.

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la vivacité et la pénétration pour prévoir \e% meilleures choses ; il est directeur zélé, charitable, indulgent, mais sage et prudent; il donne l'exemple des vertus quil enseigne; tout le monde sait les bénédictions que Dieu a répandues sur ses prédications; quel bonheur pour la savante et pieuse Compagnie de posséder un si digne sujet. Fasse le Ciel que ceux qui entreprennent d'annoncer la parole de Dieu et de conduire les âmes, se règlent sur cet illustre et sage directeur qui sera l'admiration de tous les siècles et recevra du Seigneur dans le ciel la récompense qui est due à ses travaux apostoliques (1). >>

François de Lamoignon (2), président au Parlement, l'ami le plus intime du P. Bourdaloue, le plus fidèle témoin de sa vie publique, a laissé un portrait de Bourdaloue, ouvrier évangélique, qui trouve ici sa place. Après avoir parlé de la grande réputation oratoire du religieux, il ajoute : <( Parlons plutôt de ses vertus que nous nous flattons d'avoir plus senti que ceux qui ne l'ont pas pratiqué aussi souvent que nous...

« Jamais personne n'a plus gagné que lui a être vu tel qu'il était. Ses moindres qualités ont été celles qui l'ont fait honorer et respecter du public. Il était naturellement vif et vrai : il ne pouvait souffrir le déguisement et l'artifice. . . toute sa vivacité ne lui laissait jamais échapper la moindre impatience quand il s'agissait d'une affaire importante... Quoiqu'il eût la confiance de tout ce qu'il y a de plus élevé en France, on ne peut pas dire qu'il l'sdt jamais désirée : il se dévouait de la même manière à tous ceux que la Providence lui envoyait, sans rechercher les grands

(Il Éloge du P. Bourdaloue, extrait du Mercure galant, 1696, décembre. Le Mercure reproduisit, en juin 1704, l'éloge publié par les Essais de littérature de Tabbé Tricaut. — Appendice n? XIV.

(2) Longtemps avocat général, il fut nommé président à mortier, au parlement de Paris, en 1690.

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et sans mépriser les petits... Sévère et implacable contre le péché, il était doux et compatissant pour le pécheur; loin d'affecter une austérité rebutante, il prévenait par un air honnête et affable. Austère pour lui-même, exact à observer ses devoirs, il était indulgent pour les autres, sans rien perdre de la sévérité évangélique... Je ne finirais point, si je voulais vous marquer en détail toutes les actions de ce grand homme; son amour pour son état, son zèle pour le salut des âmes. .. Ce n'est point par des larmes que nous devons honorer sa mémoire, imitons ses vertus si nous voulons marquer le respect et la vénération que nous avons pour lui (1). »

Le P. Bourdaloue était jaloux, dans une certaine mesure, des applaudissements des hommes, non pour luimême, mais pour l'honneur de son ministère et la plus grande gloire de Dieu; il tenait surtout au bon témoignage de sa conscience, acquis par une fidélité constante aux obligations de son état. Suivons-le quelques moments dans l'intérieur de sa vie religieuse, sous l'œil de Dieu et de ses frères, et nous verrons qu'il ne se démentit jamais : c'est le religieux exemplaire que nous voulons mettre en lumière.

(l) A la fin du troisième volume des Sermons de Bourdaloue pour le Carême, éd. Rigaud, 1707. Sous le titre de : Lettre de Monsieur ♦♦*, à une personne de ses proches. — Appendice n*» XV.

On trouvera à l'Appendice n* XVI la Vie du P. Bourdaloue, par M"* la comtesse de Pringy.

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