‹ Bourdaloue, sa vie et ses œuvresChapitre 11 sur 38 · LA FAMILLE · texte numérisé non relu

LA FAMILLE

du parfait honnête homme. « Les heureuses dispositions du jeune Bourdaloue, dit M"* de Pringy, avaient lieu de faire espérer à sa famille de grandes choses de lui. II était vif, il avait Tesprit élevé et d'une .pénétration merveilleuse, rien n'échappait à sa perception ; il ne lui fallait, pour comprendre une vérité, que le quart du temps qu'il en faut à un autre pour l'exprimer. Il avait tout ce qui promet un très grand mérite; il était d'un naturel plein de feu et de bonté (1). »

Louis entra au collège Sainte-Marie de Bourges le 1" octobre 16A0, fête de saint Rémi; trois années de grammaire le conduisirent dans la classe d'humanités, qu'il commença à l'automne de 16Â3 ; il fit deux années de rhétorique (16A& à 16A6), suivies de deux années de philosophie, de 16&6 à

La bibliothèque de Bourges conserve un monument précieux du séjour et des succès du jeune élève ; c'est un petit in-folio, doré sur tranche, aux armes de l'archevêque de Bourges, entourées d'un semis de fleur de lis d'or. A la première page, une inscription faite à la main atteste que le livre a été donné en prix au jeune Bourdaloue, élève de seconde, le 31 août 1644. L'ouvrage a pour titre : Ecclesiasticss historiœ scrip tores (2). M. Profillet, membre de l'Université, auteur d'une excellente notice sur notre ora-

(1) Vie du P. Louis Bourduîoue.

(2| Nous donnons ici le titre de Touvrage et le texte latin de l'inscription : Ego infra scriptus collegii Bituricensù Beatœ Marise Soc, Jesu studiorum prœfectus tesior ingenuum adolescentem Ludovicum Bourdaloue hune Ubrum qui inscribitur Ecclesiasticae historiœ auctoreSf pro primo solutas orationis iatinœ prasmio in secunda schola ^nantisse et inpublico ejusdem collegii theatro ex munificentia illustnsêimi ac reverendissimi DD. Pelri d* Hardivilliers patriarchse archi^ episcopi Bituricensis, etc., consecutum esse. In cujus rei fidem chiro' graphum Me meum collegii nostri sigillum apposui. Biturigibus, die Irigesimo primo Augusti anno Domini 1644.

Ludovicus DU Pont.

10 LE p. LOUIS BOURDALOUE

tear, signale cm autre prix remporté, dit-il, par le même écolier, en rhétorique ; le titre seul : Adagia Erastni Roterodami, nous fait croire qu'il y a erreur; les ouvragea d'Érasme ont toujours été interdits dans les anciens collèges des Jésuites ; de plus, si M. ProfiUet a eu œ prix sous les yeux, ce n*est pdnt à Bourges; nous ne l'avons trouvé ni dans le catalc^ue ni sur les rayons de la Biblio* thèque de cette ville.

A la fm de ses études, Bourdaloue, élève de philosophie, trouva l'occasion de mettre en évidence le talent et les grâces naturelles dont il était doué. Le prince Henri de Condé venait de mourir (1646) ; à cette nouvelle, la consternation fut générale ; les nombreux services qu'il avait rendus au Berry, et en particulier à la ville de Bourges, le firent vivement regretter par les habitants. Le collège Sainte-Marie, dont il avait été l'ami et le bienfaiteur, donna à l'expression de ses regrets l'éclat d'un exercice littéraire en l'honneur du prince; un drame funèbre fut représenté sur le théâtre du collège par Y élite de la Jeunesse^ dit le programme ; or nous affirmons sans témérité que nul autre n'avait plus de droit à être rangé dans cette élite que le jeune philosophe Bourdaloue, déjà signalé à l'attention publique par la noblesse de sa fsunille et par ses succès scolaires (1).

Ses études achevées, Louis se sentit appelé à la vie religieuse, dans la Compagnie de Jésus; il fit part à son père de sa vocation et ne put obtenir son consentement.

(1) In funere serenissimi Principis Henrici Borbonii CondxiClearchus, ejusdem adumbrata effigies, Drama funèbre dabitur in thea^ trum ab selecto flore juventutis collegii Biturieensis societatis Jesu, die tcrtia aprilis an 1647, hora post meridiem prima, 4', pp. 25, en latin et en yen» français. Bitarigis, ap. J. Christo typographum et bibUo^ polamprope colïegium Societatis Jesu. MDCXLVJI.

Cléarque, esquisse du prince, à Toccasion de la mort du prince Henri de Bourbon de Condé. Drame funèbre qui sera représenté

LA FAVILL6 il

Ce refus suscita les difficultés auxquelles le P. Bretonneau fait allusion (1)» lorsqu'il dit : « Son père se crut obligé, après quelques difficultés^ de condescendre aux instances de son fils et d'en faire le sacrifice. » Etienne Bourdaloue doutaitr-il de la vocation de son fils, comme il avait douté de sa propre vocation en d'autres temps? était -il accessible à un excès de tendresse paternelle, ou bien à l'excusable ambition de perpétuer un nom honorable? nous l'ignorons; ce que nous savons, c'est que Louis, plus docile à la voix de Dieu qu'à la voix de la chair et du sang, ou à l'honneur mondain, ne sollicita plus le consentement de son père; il quitta famille et patrie, se rendit à Paris et s'enferma au noviciat du faubourg Saint-Germain.

Le grand fond de raison (2) que le P. Bretonneau reconnaît dans Bourdaloue ne permet pas d'attribuer sa conduite à un coup de tête : Dieu s'était manifesté à lui, comme il se manifesta au jeune Samuel ; comme Samuel, Louis avait répondu à l'appel d'en haut (3) ; il avait consulté ses directeurs, il avait aussi consulté l'histoire de sa famille et, dans un moment de ferveur, peut-être s'était-il cru obligé de réparer une infidélité à la grâce. Il était soutenu dans son dessein par l'exemple du jeune Polonais Stanislas Kostka ; comme lui, il prenait à la lettre les paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, imposant le sacrifice le plus absolu à ceux qu'il honore de son choix; sous ses yeux, il avait l'exemple encore récent de son condisciple César de la Trémoille : ce jeune seigneur, laissant dans le monde un grand nom et un brillant avenir, avait pris

sur le théâtre par la fleur de la jeunesse du collège de la Gom- X)agQie de Jésus, à Bourges, le 3 avril 1647, à une heure de Taprèsmidi. (Bibi. des écriv. de la G* de J., in-fol. ; art. Bourges, 1. 1, col. 832.)

(1) Œuvres , préface, t. I, p. 10.

(2) Ibid., p. 11.

(3) I. Reg., iir, 10.

l'habit religieux au noviciat du faubourg Saint-Germain, le 14 août de la même année 1648.

Nous savons par M""** de Pringy qu'Etienne Bourdaloue, père du jeune postulant, après avoir repris possession de son fils et l'avoir ramené au domicile paternel, le reconduisit lui-même au noviciat (1) : « 11 ne l'eut pas trois mois avec lui, dit-elle, que, pénétré de la solidité de sa vocation, il se reprocha sa vivacité; et quoiqu'il n'eût que lui de garçon, il le reconduisit au noviciat, en protestant qu'il était ravi de le voir dans un ordre où il avait voulu être lui-même. »

Le 10 novembre 1648, Louis Bourdaloue entrait définitivement au noviciat de la Compagnie de Jésus, à Paris, situé au faubourg Saint-Germain, sur la paroisse Saint- Sulpice.

(l) Vie du P. Bourdaloue, p. 11.

l'bomme religieux 13

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