‹ Bourdaloue, sa vie et ses œuvresChapitre 19 sur 38 · LA PRÉDICATION A PARIS AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA PRÉDICATION A PARIS AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

ogien, ce qui lui donnait un air fort décisif dans les matières qu'il traitait; la connaissance des Pères lui était familière, mais rien ne relevait davantage ses discours que cette admirable éloquence dont il se servait pour émouvoir les auditeurs et les amener à la persuasion. »

On sait que le P. de Lingendes composait en latin les sermons (1) qu il devait prêcher ou plutôt développer en français; ils ont été imprimés et ne présentent que des canevas. Tel est, en quelques mots, l'un des orateurs que le P. Bourdaloue consultait , dit-on ( 2 ) , le plus volontiers.

L'auteur de V Histoire de Pains, dom Félibien, moine de Saint-Germain -des -Prés, nomme, parmi les Oratoriens qui ont bien mérité de la chaire catholique : Guillaume Le Boux et Julps Mascaron, tous deux morts évèques, l'un de Périgueux, l'autre d'Agen; nous ajouterons les PP. André Castillon et Texier, Jésuites; Biroat, de l'Ordre de Cluny ; Claude Joly, dont les prônes estimés ont fait courir tout Paris à Saint-Nicolas-des-Champs.

Ces prédicateurs ont préparé une nouvelle phase de l'art oratoire dans les chaires de la capitale. A l'époque des prospérités de Louis XIV, en même temps que les grands écrivains, en vers et en prose, arrivent, par un suprême effort, à fixer la langue, les orateurs sacrés se présentent dans la chaire chrétienne avec un éclat que n'amoindrissent pas les succès brillants des poètes et des prosateurs. Romain Joly (3) cite Bossuet, de Fromentières, les trois Jésuites, Cheminais, Giroust et Bourdaloue : le P. Cheminais se distinguait par l'onction de sa parole et la délicatesse de ses pensées (4); le P. Giroust,

(1) Trois vol. in-4oct in-8«. Paris, 1668.

(2) Albert, Dici. art., Lingendes.

(3) HisL de la prédication^ p. 485.

[\) Il mourut en 1689, à trente-neuf ans.

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après une carrière laborieuse, mourut & Paris (1), avec la réputation d'un orateur pathétique, aussf théologien que le P. Bourdaloue, mais bien moins orateur.

On a peine i comprendre comment Romain JToIy peut affirmer qae Bourdaloue n'a point eu besoin de se former, comme les autres prédicateurs, par la lecture de l'Écriture et des Pères; il paraît, dit-il, « qu'il s*est borné aux essais de Bretteville et aux sermons latins du P. de Lingendes; là, il trouvait plus d'autorités qu'il n'en fallait à une plume comme la sienne pour traiter la matière ; il s'astreint volontiers à l'ordre des preuves de ces deux auteurs , mais il les pousse aussi loin qu'il est possible. »

Cet étrange critique avoue cependant qu'il ne connaît aucun orateur qu'on puisse mettre au-dessus xle Bourdaloue et même qui l'égale (2) ; comment alors concilier le haut mérite qu'il lui reconnaît^ avec la pauvreté de conception que supposent les emprunts faits à Lingendes et à Bretteville? Pour Lingendes, nous avons dit que le P. Bourdaloue a pu étudier ses plans de sermons ; il resterait & prouver qu'il s'est condamné à les développer servilement. Quant à Bretteville, il y a ici une erreur matérielle qu'il faut rectifier : Bourdaloue n'a rien emprunté i son confrère le P. de Bretteville, c'est au contraire le même de Bretteville, qui, après avoir quitté la Compagnie de Jésus en 1678, fit paraître des plans de sermons, empruntés en grande partie au P. Bourdaloue, à partir de l'année 1688.

M. Jacquinet (3) fait des rapprochements entre Lingendes et Bourdaloue qui peuvent s'expliquer par le droit

(1) En 1689. Hist, Préd., p. 487.

(2) Hist. Préd. Rom. Joly, p. 488.

(3) Des Prédicateurs au dix-septième Hèck fnftmt Bossuei, in-8». Paris. Didier, 1863, pp. 238 et auiT.

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