LA PRÉDIGATIOH A PABIS AC DIX -SEPTIÈME SIÈCLE
commun à tout orateur de trouver dans le même sujet et dans les mêmes sources, des idées semblables, qu'il exprime à sa manière. Malgré les citations étalées par Fauteur des Prédicateurs avant Bossuet^ nous ne voyons pas que le P. Bourdaloue se soit grandement aidé des canevas de son confrère : M. Jacquinet admet, du reste, que Bourdaloue n'en est pas moins un maître en l'art de prêcher; cependant toutes ces restrictions ne laissent pas que d'amoindrir la réputation d'un homme auprès des lecteurs trop confiants ; notre devoir est de les mettre en garde contre ces critiques faites à la légère.
C'est ]>eu connaître le P. Bourdaloue que de soulever contre lui le moindre soupçon de plagiat ; il est assez original pour n'être confondu avec personne; il pouvsdt vivre de son propre fond et se suffire i lui-même; il apportait & la chaire sacrée une préparation solide, qui devait profiter encore de tous les éléments de succès que la capitale peut offrir.
Le même critique convient que le P. Bourdaloue. en entrant au noviciat de la Compagnie de Jésus, trouva une école d'un goût discret, d'un esprit sévère, amie des fortes études, et sérieusement éprise des bons modèles; école formée depuis quelque temps au sein de la Compagnie. Cet aveu est suivi de quelques lignes qui modifient ce qu'il y a de juste et de bienveillant dans ce jugement ; il ajoute : « Volontiers l'on s'étonne que le plus austère de nos grands orateurs sacrés appartienne aux Jésuites par son éducation et par ses vcbux, et volontiers l'on suppose que les enseignements de ses instituteurs ne contribuèrent que très-médiocrement à former en lui ce goût si sobre, cet art si pur, ce talent si mâle et si simple ; » et quatre lignes plus haut, nous avions lu : « Bourddoue trouva donct chez ses premiers maîtres, assistance éclairée et direction utile, et n'eut plus tard rien ou presque rien à
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désapprendre de leurs leçons : » assertions difficiles à concilier (1).
Cette préoccupation d'esprit s'annonçait, du reste, dès le commencement du chapitre où M. Jacquinet parle du goût chez les Jésuites et de la part qu'ils prirent à la réforme de la chaire au dix-septième siècle. 11 y a justice à mettre en lumière d'aussi curieuses appréciations.
« La vérité, dit le critique, est que le goût, chez eux (les Jésuites), fut, à l'origine et longtemps, très au dessous du zèle, et laissa place dans leur enseignement public, comme dans leurs écrits, à bien des grâces douteuses et à de singuliers écarts d'imagination : surtout les prédicateurs Jésuites abusèrent du style pittoresque et dévot... Ce symbolisme intempérant et mesquin fit peut-être par eux de nouveaux progrès dans la chaire, de même que, par l'influence de la société, il se mêla davantage aux conceptions de Yart religieux. Rien ne rappelle, à première vue, les sermons dont je parle, comme certaines églises bâties alors, par les Jésuites, sous l'inspiration de leur esprit... » On demande ce que viennent faire les bâtisses du frère coadjuteur Martel Ange et du P. Derand (2) à propos d éloquence sacrée (3).
(1) Des Prédicateurs au dix-septième siècle avant Bossuet. Ia-8*>, Paris, Didier, 1863, pp. 201 à 204.
(2) Architectes do l'église Saint-Louis (aujourd'hui Saint-Paul- Saint-Louis, rue Saint-Antoino.)
(3) Le style architectural dont on attribue l'invention aux Jc^suites, est une cn^ation de Jacques Barozzio, dit Vignole, lo premier architecte de Rome à la fin du seizième siècle et successeur de Michel-Ange. Par ordre d'Alexandre Farnèze, il donna los plans de l'église du Gesù à Rome, qui fut commencée par lui et terminée par son élève, Jacques de La Porte, architecte distingué, mais d'un goût moins sévère (1568 à 1584). On aurait tort de blâmer les Jésuites d'avoir accepté une forme architecturale créée et adoptée par les premiers maîtres de i'art. De plus, l'église du Gesù avait, aux yeux de nos premiers pères, l'honneur