‹ Bourdaloue, sa vie et ses œuvresChapitre 33 sur 38 · I. — LE PRÉDICATEUR ET LA COUR · texte numérisé non relu

I. — LE PRÉDICATEUR ET LA COUR

Le P. Bourdaloue a prêché douze stations devant Louis XIV et sa Cour; sept fois l'A vent, les années 1670, 1684, 1686, 1689, 1691, 1693, 1697, et cinq fois le Carême, les années 1672, 1674, 1676, 1680, 1682; en 1689, il fit l'ouverture du Carême le 2 février, et la station fut prêchée par le P. de la Rue (1).

Des cent vingt-quatre discours (2) que l'éditeur de

(1) Journal de Dangeau, 2 février 1689.

(2) Nous ne parlons que des discours portant le nom de sermons, panégyriques et oraisons funèbres. Il y a de plus trentequatre exhortations et instructions, et deux volumes de pensées avec une retraite spirituelle.

Bourdaloue nous a laissés, quarante sont adressés au roi en personne. Il ne faut pas en conclure que ces derniers aient été composés uniquement pour Louis XIV, comme les discours du Petit Carême de Massillon ont été écrits pour l'usage particulier du jeune Louis XV; Bourdaloue comprenait plus largement sa mission, il tenait à ce qu'elle embrassât toutes les âmes soumises â son influence, sachant très bien que les leçons données aux courtisans n'étaient point perdues pour le maître; et, en effet, l'habileté de l'orateur est telle qu'il a su dissimuler, sous le voile des plus parfaites convenances, des traits qui vont droit à la conscience royale ; ils sont faciles â saisir et, à l'aide des mémoires contemporains, on découvre aisément les sermons qui ont le plus efficacement contribué à la conversion du roi.

Le ministère de Bourdaloue â la Cour, briUant aux yeux du monde, n'a rempli qu'une bien petite partie de sa carrière apostolique; mais par l'importance des résultats poursuivis et obtenus, nul doute qu'il n'y ait un grand intérêt â suivre le religieux orateur dans cette voie et à nous rendre compte de son apostolat auprès d'une Cour aussi profane que la Cour de Louis XIV.

Malgré leur petit nombre, ces discours ont rempli le ministère de Bourdaloue auprès du roi, nous pouvons même ajouter qu'ils ont rempli toute sa carrière apostolique. Que l'orateur ait répété les mêmes sermons à la Cour, personne ne l'ignore après le propos de Louis XIV affirmant qu'il aimait mieux les redites de Bourdaloue, que les sermons nouveaux d'autres prédicateurs.

Son enseignement est toujours d'une orthodoxie irréprochable. Nous lui trouvons une autre qualité bien précieuse : la doctrine catholique est présentée par lui avec la simplicité propre aux exposés les plus élémentaires de notre foi. Sa morale porte, il est vrai , le cachet de l'austérité ; mais.

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dans le siècle où il vivait, la sévérité des mœurs était honorée, malgré les scandales qui tombaient de si haut. Religieux exemplaire, indépendant de toutes les coteries régnantes, le P. Bourdaloue savait triompher des esprits les plus distraits et dompter les cœurs les plus rebelles. C'était im spectacle consolant pour la foi que de le voir s'élever au-dessus de la foule des courtisans, grands seigneurs, ministres ou grands capitaines, magistrats, hommes de lettres ou hommes d'Église, pour leur faire entendre la parole de vérité, répéter dans un noble langage, et faire comprendre au plus grand roi du monde^ selon l'expression du temps, qu'ici-bas tout est vanité. D'après Marmontel (1), interprète ici de l'opinion publique, « nul prédicateur n*a parlé aux cours avec autant de fermeté et de convenance que le P. Bourdaloue. v

Pour mettre le lecteur à même de juger l'orateur et sa manière, par des extraits aussi nombreux que la discrétion le permet, nous ferons connaître le milieu dans lequel il se trouvait au moment de ses grands succès à la cour, de 1674 à 1682.

Dans la vie scandaleuse de Louis XIV, il faut compter trois époques distinctes : la première, qui s'étend de 1061 à 1669, n'est qu'un tissu de désordres; les deux époques qui suivent se ressemblent avec des résultats opposés; la première est une période d'entraînement et de luttes à peu près stériles, elle comprend les années qui s'écoulent de 1669 à 1674. A cette dernière année. M"* de Maintenon, encore M"" Scarron, arrive à la cour; dès qu'elle en eut franchi le seuil, elle se sentit appelée à travailler au redressement de la dignité royale. D'après le témoignage de M"* de la Vallière et de M"* de Maintenon, les sermons du P. Bourdaloue prêches à la cour, les années 1672 et

i!) Élém. dcUUér., 1. 1, p, 428.

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167A, contribuèrent efficacement à commencer Tœuvre de la conversion du roi.

La dernière époque s'étend depuis 1674 jusqu'en 1682; c'est un temps de combat entre la passion et la droite conscience, un temps d'hésitation qui aboutit à la conversion définitive ; elle commence avec le premier exil de M"''' de Montespan et finit avec la maladie, puis la mort de M'^° de Fontanges, au printemps de 1681 ; la grâce fut un instant victorieuse après le Carême de 1676, puis à la suite du Carême de 1680 ; après le Carême de 1682, elle fut triomphante et sans retour.

Les sermons imprimés ont dû être empruntés aux textes des sermons de la dernière époque ; quelques-uns d'entre eux, dont nous indiquerons les dates précises, donnent à nos conjectures le caractère de la certitude; avec ces discours, nous pouvons suivre sans effort l'action de Dieu sur le cœur du coupable, depuis les premières velléités de retour jusqu'au jour de la conversion définitive.

Le P. Bourdaloue apparut pour la première fois dans la chaire royale à l'Avent de 1670, au temps des grandes prospérités et des grands scandales.

Louis XIV venait d'atteindre sa trente-deuxième année, au mois de septembre précédent. Roi de France à l'âge de cinq ans, déclaré majeur en entrant dans sa quatorzième année, il n'avait connu la vie que dans la royauté. Le monde s'agitait bien autour du trône, mais les secousses n'arrivaient pas jusqu'à lui : Anne d'Autriche, sa mère, et Mazarin, ministre habile et fidèle, d'une souplesse i\ l'épreuve de tout choc, paraient les coups et en amortissaient les atteintes. Les compétitions diverses qui se disputaient l'honneur de servir le roi, contribuèrent puissamment à fortifier dans l'esprit du jeune souverain la haute estime qu'il avait de sa personne et de son rôle. En entendant les courtisans répéter sans cesse par intérêt, ou

par flatterie, ou par conviction, qu*il était le maître (1), il le crut et agit en conséquence. Dieu Tavait pourvu d*un jugement droit et sûr qui vaut le génie ; c'était le beau côté de l'héritage d'Henri IV, comme sa foi et même sa piété appartenaient au sang de Louis Xlll et d'Anne d'Autriche. Malheureusement il hérita des passions ardentes de son aïeul et trouva autour de lui, à l'âge critique, un aliment continuel à ses convoitises dans ces essaims de filles d'honneur que l'usage avait rassemblées autour des princesses du sang royal. En dépit des soins les plus assidus des dames auxquelles ces jeunes filles étaient confiées, elles étaient sans cesse mises en avant, pour l'ornement des bals, des fêtes profanes ou même religieuses (2), occasions fatales de désordre et de déshonneur. Les seigneurs, jeunes et vieux, étaient trop intéressés à flatter les passions du jeune souverain pour y mettre obstacle ; ils trouvaient même, dit M""* de iMontpensier, que ces liaisons serviraient à rendre le roi plus gaillard (3). On sut gré au jeune roi d'avoir laissé les rênes du gouvernement entre les mains de Mazarin, non pour vivre en roi fainéant (4), mais pour apprendre à conduire lui-

(!) Mém. de i/"« de MottevUle, col. Pet. 2 S., t. XXXVII, p. 30 1 .

(-2) Dangeau, t. II, p. 103. Le 25 décembre 1662, M'»« Françoisr- Athénaîs de Rochcchouart-Mortcmart faisait la quétn à Saint- Germain-rAuxerrois, en présence du roi Louis XIV, alors âgé do vingt-quatre ans ; deux mois après, elle épousait le marquis dt* Montcspan, et en 16G9 elle entrait en faveur.

|3» Mém. de i/"« de Montpensier, ann. 1658. (Coll. Petit., 2 S., t. XLII, p. 272.)

(i) Le prince de CSondé, dans les derniers jours du mois do mai IC^JI, dit au roi qu'on avait trouvé à Auxerrc un portrait d'Hi'uri IV, attaché à un poteau, avec un poignard dans le sein, et une inscription criminelle en latin qui regardait sa personne, le roi répondit : « Je m'en console, on n'en a pas fait autant coatre l»'s rois fainéants. • (Mém, Motteville, coll. P. tit., t. XL. p. 131 )

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même, quand sa main aurait acquis plus de fermeté. « Le roi avait tous les avantages du corps et de Fesprit, dit le marquis de Sourches dans ses Mémoires sur la cour de Louis XIV ^ il méritait encore plus de grandeur qu'il n'en possédait» quoiqu'il se vit l'arbitre de l'Europe, et s'il avait quelque chose à désirer, c'était un peu de science, que le cardinal de Mazarin lui avait peut-être enviée. » Après la mort de son ministre (1), Louis voulut étudier, mais il avait déjà vingt-trois ans; les difficultés qu'il éprouva le rebutèrent (2) ; il y suppléa en s'entourant des hommes les plus habiles de son royaume ; heureux s'il avait su régler sa vie privée comme il sut régler la vie publique de son royaume !

Très attaché à la foi de ses pères, il lui resta fidèle au milieu des désordres les plus condamnables et des vertiges du succès.

Les Mémoires de Saint-Simon entrent dans de grands détails sur les pratiques religieuses de Louis XIV (3). Nous les abrégeons et les complétons d'après le témoignage du P. de la Rue (4), prédicateur royal. Louis XIV remplissait toutes les obligations d'un parfait chrétien avec exactitude, sans paraître jamais regretter le temps qu'il y employait. Il ne manquait jamais à la messe ; en état de santé, il pratiquait rigoureusement l'abstinence, et tenait à ce que, dans son entourage, tout le monde suivit son exemple. Il s'absentait rarement des sermons de l'Avent et du Carême, et laissait pleine liberté aux prédicateurs de remplir leur ministère et d'éclater contre les désordres publics. On pouvait en sa présence attaquer les passions des grands sans craindre aucun reproche.

(2) Mém. Sourches, t. I. Note 28.

(3) T. VIII, p. 190, éd. Hach., 1857.

(4) Œuv., Prof, no II.

Il y reconnaissait les siennes et s'en humiliait devant Dieu, sans en être offensé.

n ne manquait à aucune des dévotions de la Semaine sainte et des grandes fêtes. Quand il fut rentré dans le devoir, il communiait régulièrement cinq fois l'année : la Semaine sainte, à la paroisse; les autres jours, à sa chapelle, la veille de la Pentecôte, le jour de l'Assomption, la veille de la Toussaint, la veille de Noël ; les jours de communion, il n'admettait pas de musique à la messe ; le reste du jour, il travaillait dans son cabinet avec son confesseur, à la distribution des bénéfices qui vaquaient. Le lendemain des jours de communion, il assistait à tous les offices solennels de la fête; pendant la messe, il disait le chapelet; il n'en savait pas davantage, dit Saint-Simon. . La reine, d'après le marquis de Sourches (1) , était la meilleure princesse du monde, la plus dévote, la plus attachée au roi et à sa famille, mais elle manquait d'ini tiative; son caractère n'avait rien qui pût captiver les attentions du jeune souverain, en même temps qu'elle montrait trop d'égard pour les femmes qui osaient la traiter en rivale. Dieu permit cependant que de 1680 à 1683, les dernières années de sa vie, elle pût goûter les douceurs légitimes de la vie conjugale (2).

Le Dauphin était encore bien jeune et ne répondait pas aux soins de ses maîtres, Bossuet et Montausier ; il ne

(1) Nous empruntons aux mémoires inédits du marquis de Sourches les jugements portés sur le personnel de la Cour, t. I.

(2) Louis XIV avait épousé Marie-Thérèse le 9 juillet 1660; Mazarin étant mort le 9 mars 1661, Louis, âgé de vingt-deux ans, déclara qu'il régnerait par lui-même: Le 2 novembre 1661, naquit le Dauphin de France; et pendant Tété de cette môme année, M"" de la Vallière, d'abord fille d'honneur de Henriette d'Angleterre, puis de la reine Marie-Thérèse, obtint la faveur du roi ; de ce moment datent les scandales qui ne cessèrent qu'au printemps 1681, après une durée de près de vingt ans.

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songeait qu'à ses plaisirs. Sa jeune femme, Anne de Bavière, princesse de beaucoup d'esprit, sans le laisser paraître, réglait toute sa conduite sur les moindres désirs du roi; la vie de contrainte qu'elle s'imposa finit par rendre son commerce peu agréable.

Monsieur, frère du roi, avait de bonnes qualités, mais il se laissa dominer par le chevalier de Lorraine (1); sa seconde femme, Elisabeth de Bavière, était 'd'une nature quelque peu sauvage, passionnée pour la chasse, catholique par contrat de mariage plus que par conviction (2) ; elle vivait assez froidement avec son mari, disait beaucoup de mal de la France à sa sœur Louise, comtesse Palatine, et, par elle, colportait en Allemagne, avec une grossière désinvolture, les scandales dont elle était témoin ; ses enfants étaient encore trop jeunes pour occuper une place à la Cour.

Monsieur habitait le Palais-Cardinal, donné au roi par Richelieu, et désigné sous le nom de Palais-Royal par Louis XIV; il était paroissien de Saint-Eustache, où les mémoires du temps le signalent souvent assistant au sermon.

M"' de Montpensier, connue sous le nom de la Grande Mademoiselle^ pour éviter la confusion avec la fille de Monsieur, était une princesse de bonne miiie, généreuse, mais légère dans ses affections. La faveur dont elle avait poursuivi le capitaine des gardes du corps du roi, Lauzun, avait fait tort à sa réputation de prudence et de dignité. Elle avait de grands biens qui passèrent au duc du Maine ;

(1) Sa vie était un scandale pour toute la Cour.

(2) Elle écrit à la comtesse Palatine Louise, sa sœur : « Le but du christianisme est le même pour tous les chrétiens, les différences qu'on voit ne sont que dos chansons de prêtre qui ne concernent pas les honnêtes gens... » Lett. 29 avril 1704. (Corr,. t. I, p. 74. Éd. Charpentier, 1869.)

elle habitait le palais du Luxembourg, sur la paroisse Saint-Sulpice, et s'étsdt fait autoriser à relever de Saint- Séverin, par suite de difficultés avec son propre curé (1). Une de ses sœurs, la grande-duchesse de Toscane, n'ayant pas voulu rester en Italie, s'était retirée au monastère des Bénédictines de Montmartre, d'où elle ne sortait que rarement pour rendre visite à Leurs Majestés ; sa sœur cadette, fenmie du dernier duc de Guise, avait un fils, le duc d'Alençon, qui mourut jeune, peu de temps après son père. La duchesse de Guise ét£Ût une femme d'une grande piété, et très dévouée aux œuvres des PP. Jésuites de la rue Ssûnt- Antoine.

M. le Prince, le grand Condé, le plus grand capitaine de son temps, vivait retiré dans son château de Chantilly, dont il embellissait les jardins. A cette époque, en 1680, il commençait à revenir à une vie plus sérieuse et surtout plus chrétienne, après avoir parcouru une carrière très orageuse : depuis longtemps il avait relégué sa femme à Châteauroux en Berri ; meilleur père qu'il n'avait été bon époux, il montra un grand dévouement pour ses enfants. Son fils, VL le Duc, avec de l'esprit, du savoir, de la valeur, aimait la solitude plus que sa position ne le demandait ; sa société était peu agréable. Sa femme, Henriette de Bavière, se conforma aux goûts de son mari et vécut dans la retraite, uniquement occupée de l'éducation de ses enfants.

Le prince de Gonti, fils aîné d'Armand de Bourbon, prince de Conti et de Anne-Marie Martinozri, neveu de M. le Prince, était encore jeune et donnait de grandes es-' pénmces, qu*il ne réalisa pas dans le peu de temps qu'il

I Méwt. Montpauier, édil. Pet. 3. S., t. \JJU, p. 81, Sî. Ija iDeiiKâres da temps comptent à M*^* de Hontpensîer onze ma» rût£^ ocanqur^. Ibid., U XL.

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yécat (1) ; il avait épousé une fiUe légitimée de M'"'' de la Yailière, Marie-Anse de Bourbon, M^^ de Blols, qui jeta un grasd édat à la cour par les a^éments de sa personne; son origine explique pourquoi l'histoire la montre hostile aux JësuiÉes.

Le prince de la Bocbe-sur-Yon, frère du prince de Conti^ avait l'esprit aussi agréable que le corps, mais abandonné de bonne heure à lui-même, il se lûssa entraîner à tous les plaisirs des jeunes gens de son âge.

Les enfants naturels du roi, survivants à cette époque, étaient k comte de Vermandois, les ducs du Maine et de Vexin, le comte de Toulouse, M"" de Nantes et M**" de Blois; aucun d'eux ne fit honneur au roi, et plusieurs rendirent encore plus pesantes pour lui les années d'expiation. Après les membres de la famille royale, nous devons mettre au nombre des courtisans les plus assidus, les ministres du roi : Le Tellier, secrétaire d'État de la guerre, devenu chancelier à la mort du chancelier d'Aligre, et son fils le marquis de Louvois, homme d'une grande habileté, mais peu délicat dans le choix des moyens. Ck)lbert administrait les finances et était secondé par son fils aîné, le marquis de Seignelay, et par son frère le marquis de Croissy. Le marquis de Chàteauneuf (2) succédait à son frère le duc de la Vrilliëre. Par une condamnable habitude, les maîtresses du roi avaient leur place à la cour, à côté de la reine et des autres dames attachées aux différentes maisons de la famille royale. M'"" de Maintenou a toujours occupé un rang à part ; introduite à la cour par 'M""^ de MoDtespan, pour donner ses soins aux enfants du

(1) Il est mort en 1685.

(2) Balthasar, marquis de Chàteauneuf, était père de Louis de la VrîUière et Ms de Ph(?lipeaux, seigneur de la Vrillière et de Ghateauneuf-sar-Loire, mort en 1681. 11 devint secrétaire d'État en 1669 et mourut en 1700.

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roi, elle ne sortit jamsds de ses fonctions pour travailler à sa fortune personnelle. Elle gémit au spectacle des désordres dont die était témcnn et osa penser à y porter remède. Elle y réussit par l'ascendant de sa haute raison et de sa solide piété, par son dévouement soutenu et désintéressé; après avoir aidé le roi à triompher.de ses passions, elle devint son conseil, son guide, son amie, pois enfin sa légitime épouse.

Deux seigneurs avaient toutes les faveurs du souverain, le duc de la Feuillade et le duc de la Rochefoucauld : le premier vif et bouillant, le second froid et réservé. Le vieax maréchal de Villeroy, l'ancien gouverneur de Louis XIV, vivait dans l'intimité de la cour ; il aimait Louis connue son enfant et ne pouvait l'étendre complimenter sans verser des larmes d'attendrissement (1).

Au nombre des familiers, en 168i, Dangeau nomme le duc de Vendôme, M. .Le Grand (2), le duc de Gramont, M. Chamillart (3) . Pour compléter le tableau, il faudrait nommer les seigneurs attachés aux maisons princières, les dames d'honneur, M"' la princesse d'Harcourt, M°" de Chevreuse, de Beauvilliers, la comtesse de Gramont, M""" de Alailly, de Dangeau (4) , les demoiselles d'honneur, les dames d'atour, les grands officiers de la couronne, les maréchaux et généraux appelés auprès du roi et autres officiers jaloux de faire preuve de dévouement ; mais la mobilité de ce monde est telle qu'il faut s'en tenir aux courtisans les plus accrédités.

Un tableau moral de cette société de Versailles, dû au pinceau d'un témoin oculsdre, l'abbé de Choisy, achèvera de

(1) Saint-Simon. Mém., t. VHI, p. 176.

(2) Le grand écuycr, Louis de Lorraine, comte d*Armagnac, frère du chevalier de Lorraine.

(3) Dangeau, 1684, t. I, 88.

(4) Journal de Dangeau, 1688, t. U, p. 63-

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Dous faire connaître Tauditoire auquel Bourdaloue devait annoncer les austères vérités de la religion : u La cour était dans la joie et dans l'abondance, dit-il, les courtisans faisaient bonne chère et jouaient gros jeu ; l'argent roulait ; toutes les bourses étaient ouvertes, et les notaires en faisaient trouver aux jeunes gens tant qu'ils voulaient ; l'usurier était dur, mais prend-on garde aux conditions, quand on est jeune et qu'on veut avoir de l'argent? Ainsi, ce n'était que festins, danses et fêtes galantes... Ce fut alors que le roi fit venir le Florentin LuUi, surintendant de sa musique ; on l'appelait Baptiste. U avait été valet de pied de Mademoiselle ; il faisait, dès son enfance, de fort beaux airs : il a passé pour le premier homme du monde dans son art, aussi original que Corneille et Racine dans les tragédies, que Quinault dans les opéras, que Despréaux dans les satires et que La Fontaine dans les fables. Car il est bon de remarquer « en passant,, que le roi a fait, pendant la paix, tous ces hommes singuliers que je viens de nommer, à l'exception de Corneille, tous aussi illustres dans leur genre que les Condé et les Turenne l'ont été dans le leur (1) . »

C'était l'âge d'or, mais seulement à la surface ; sous de brillants dehors fermentaient les germes d'une dissolution sociale, l'immoralité et l'ambition : l'ambition souleva contre la France les ennemis implacables du dehors, et l'immoralité la perdit à l'intérieur. Toutes les classes de la société furent atteintes et celles qui devaient donner l'exemple, si elles n'étaient pas entièrement gangrenées, regardaient, d'un œil indifférent et cônmie hébété, le mal et ses progrès. Ainsi, l'austère Montausier était l'ami de M"* de Montespan; l'archevêque de Paris, de Harlay, donnait la crosse et Tanneau à l'abbesse de

(1) Aiém. Coll. Petit. 2. S., t. LXIH, p. 241.

Chelles, Gabrielle de Rocbechouart, sœur de la favorite. Monsieur, frère du roi, duc d'Orléans, donnait son fils à M"* de Blois, fille de M""* de Montespan ; le grand Condé, jadis si fier, sollicitait pour son petit-fils la main de M"* de Nantes ; pour son neveu et pupille, le prince de Conti, une autre fille légitimée (1). Loin de blâmer ces alliances, la société pensait avec M"'* de Sévigné que « les mariages des filles naturelles du roi avec ce qui est à la tête des légitimes de la maison royale sont des marques assurées de la grandeur de ce prince et du respect qu'on a pour lui (2). »

M"** de Sévigné ajoutait cependant avec un accent de stupéfaction : « Quand je songe que M""" de Blois pourra être reine de France I je ne trouve point d'exemple de pareille cbose dans l'histoire. » C'était en effet préparer une grande révolution dans l'esprit français que de livrer la maison royale au mépris public.

Ces faits qui appartiennent à l'histoire revivent dans les sermons du P. Bourdaloue par les anathèmes dont il les charge ; il les stigmatise avec hardiesse, et cependant avec toute l'habileté que commandent le respect dû à la majesté royale et une prudente charité.

Nous serions injustes si nous ne signalions au milieu de cette société malade quelques familles attachées à la cour et fidèles aux traditions de la foi et de la conscience; elles protestèrent, sinon à haute voix, du moins par leurs actes et par leurs exemples; nous devons rendre cet bonunage aux familles de Navailles, de Chevreuse, de Beauvilliers, de Béthune-Charost, de Bellefonds, à M""* de Maintenon, aussi bien qu'à de nombreuses jeunes filles de la plus pure noblesse, qui allèrent à cette époque offrir

(1) Amie-Marie, fille de la duchesse de la Vallière.

(2) Sévigné, 1680. UtL, t. X, p. 74, 75.

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leurs expiations volontaires, soit au Carmel, soit à Sainte- Marie (1) . Ces âmes généreuses appuyaient les leçons des prédicateurs et démontraient par leur conduite au milieu d'une société corrcmipue que k doctrine évangélique ne dépasse pas nos forces et qu'om peu goûter de vives jouissances ailleurs qu'à la cour.

La parole des orateurs sacrés ne fut donc pas stérile ; il fallut, il est vrai, attendre bien des années avant de recueillir le fruit de tant de peines et de piîëres, mais enfin T heure du salut arriva; les épreuves de tout genre qui suivirent ont été une période d'expiation pour la France et pour la royauté, et mm point une conséquence de la conversion du roi, ainsi que certaines écoles aiment à le répéter.

Nous n* avons pas à nous étendre sur les scandales dont la cour fut le théâtre pendant la mission du P. Bourdaloue ; nous devons cependant £aire remarquer, & la louange du prédicateur royal, qu'il s'est toujours tenu sur la réserve avec les maîtresses du roi et même sur la défensive. Jamais on ne trouve son nom mèté aux intrigues scandaleuses, à quelque titre que ce soit : il avait, toute proportion gardée, la hauteur d'âme de M"* de Main tenon, qui voulait bien élever les enfants du roi, nuûs non point

{{) Snr la liste des professions dn Carmel de la me Saint- Jacques {Vie de if»« de Lon^ttnUe, pcr l£. Ck>affiui, p. 3dg|, nous lisons entre autres aoms ceux qui suivejit : 1660, Émilie-Ëléooâre, fille du duc de Bouillon; 1662, la fille du duc d'Arpajon, et la sœur de lVf"« de Bouillon; 1665, la fille de Crossol, doc dlJzès; 1678, de Beliefonds; 1680, Lalrar de C^uitveniet; Gbarost de Béthune, en 1684. — A la même époque, aous voyons entrer aux divers monastères de la Visitation les demoiselles dont les noms suivent : en 1660, deChaumont, de Bassy-Rabutin ; 46^, de Mesmes, de Gorberon; 1665, de Lionne; en 1668 et 1670, deux demoiselles de Lamoignon;en 1670, d'Elbeuf de Lorraine; 1675, d*Estaing; 1676, de FIa\acourt; 1676, de Béon de Luxembourg; etc. ^Note communiquée par le monastère de la Visîtatioa.)

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<;eux de M"" de Montespan ; distinction de raison qui so comprenait mieux alors qu'aujourd'hui. Bourdaloue n'a jamais eu d'autre ambition que de convertir le roi; il semblerait presque avoir abandonné les créatures favorites à leur triste sort, s'il ne leur avait fait une bonne part dans les discours qu'il adressait & la masse des courtisans (1).

Les confesseurs du roi contribuèrent de tout leur pouvoir à diminuer le scandale. Le P. Annat, jésuite, était âgé et infirme quand le jeune roi traversait la période des pas- ^ns, c'est lui qui le détourna de Marie Mancini, ni^ce du cardinal Mazarin ; puis trouvant le poids de ses fonctions trop pesant pour son âge, il s'en déchargea sur le P. Terrier, et eut rhonneur et la consolation de mourir simple religieux.

Le P. Ferrier était un religieux savant, connu dans le

l!; Cette direction venait de hant, et nou« up. (hmUmA ^ah quu le re^tpectaenx dédain, témoigna» )>ar le cl^;rg^* aux maUrfiies du niy n'ait contribué à envenimer les diâpo»itiouM ho?4til»r.H df; plii' sieurs courtisans contre la cour de Rome. Innocf;nt XI a* ait fait connaître sa pen«éeen refufïant, à pla^ieur» repriijr'r», la di.^p^'nae p^jur la po>é^\>?sion des b^'*n»*fic»'3 eccIf'•^'ia'',fiqIles ^n fa* -Mir d « bâtards. Les cardinaux qui parai.isaîent à la cr>ur, Ainvin-nt la m»^me ligne de conduite; lorsque les princ^rs bîfir,irn"-i prir nt rar.r? parmi les membres de la famille ro}dle, b-s f:Ani.na:ix en- ▼07»*s de Rome r?fu.-»^rent de se soumettra; aux volor;r V d:i roi. En 17*», le cardinal Ranuxzi, après avoir maculé av^^ le roi, ne voulut se présenter ni devant ie duc du Maine, ni dt\aot le «omvde Toulouse: le roi le fit sortir bru sqiiem^ nt d-î ro''4'irne. Le SiU^erain Pontife bUma sévèrement ie cafî.rial f^v-iii-^rini ifTii serait montré moins drli«:at; le cardir*al f>:;i.ao av^rif prr^ posé des tempéraments pour tiout concilier, \\a ne ï..r'X*^ point ; ^^pmiant, à cette éynjofpi, tonsi Km» prînrr^ étaient ïécel' kjâtm. du mnrqut.i de S*f*arayt*. \Z'¥), p. {Wa Le» Xiai.mea de Chailir.t Les Bi>»ns-IL';mm»^' refas»'r>n': i ^ntr -e «le JL ciôrare à M»' de Monvspan, iiîen qn'^lîe f:ir. p^^^rm.se anv yrinciarj» «in wêd^ et à leur suite; eiie ne pot j fsuttr qu à la maixét de Mf** ée l^iuicpenaier. La \exxak était d4i>naée.

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monde philosophique et adversaire prononcé des jansénistes. Le premier des confesseurs du roi, il fut chargé exclusivement de la feuille des bénéfices, jusque-là rédigée sous les yeux de plusieurs prélats. A sa mort, qui arriva le 29 octobre 1674, il fut remplacé par le P. de la Chaise : époque où Louis XIV commençait à donner quelques signes de conversion. C'est le moment que nous choisissons pour exposer la mission du P. Bourdaloue à la cour.

A ceux de nos lecteurs qui connaissent mieux Thistoire des conquêtes de Louis XIV et sa vie extérieure que sa vie privée, nous rappellerons qu'à l'époque où nous nous plaçons, trois armées étaient en mouvement : l'armée de Flandre, sous les ordres de M. le Prince, le grand Condé; l'armée du Rhin, sous les ordres du vicomte de Turenne; et l'armée du Roussillon, commandée par Schomberg, toutes trois s'apprêtaient à recueillir de nouveaux triomphes. On comprend qu'il n'entre pas dans notre programme de célébrer leurs victoires ; les lauriers dont ces grands capitaines ont ceint le front de leur maître ne peuvent fah'e oublier à la postérité les scandales qui ont ébranlé le principe vital des monarchies, le respect de l'autorité.

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