PRÉFACE XV
grand cœar et nous espérons payer largement notre dette •
Noas avons nommé jusqu'ici les historiens et les critiques qui ont parlé de Bourdaloue ; il nous reste à faire connaître la marche que nous comptons suivre pour arriver à notre but.
Le but que nous nous sommes proposé, étant de fiùre connaître et apprécier le P. Bourdaloue, comme l'un des religieux les plus exemplaires de la Compagnie de Jésus au dixHseptiëme siècle, puis, en second lieu, comme un apôtre éloquent, nous commencerons par mettre au jour les détails les plus minutieux de sa vie; par là, nous espérons rectifier bien des erreurs trop facilement accueillie par les biographes.
Nous présenterons le journal de sa vie, d'après nos mémoires; nous le suivrons ainsi année par année et presque jour par jour : des détails topographiques et historiques sur chacun des collèges qu'il a habités, nous rendrons sa présence plus sensible.
Malgré les préjugés modernes, nous prendrons intérêt à relever ses vertus religieuses, à le montrer humble, laborieux, dévoué, obéissant, ami de la pauvreté jusqu'au scrupule. Nous imiterons ainsi
XYI LE P. LOUIS BOURDALOUB
nos anciens biographes, sans crainte de voir les événements de sa vie diminuer en rien le mérite de ses vertus.
C'est aux faits, et non point à notre plume, à faire réloge du P. Bourdaloue; s'il en rejaillît quelque gloire sur sa Société, nos lecteurs ne trouveront pas mauvais qu'au milieu du débordement d'injures qui se débitent chaque jour contre les Jésuites, une voix s'élève et rende hommage à la vérité.
Aussi modeste que zélé pour la plus grande gloire de Dieu, Bourdaloue fuyait l'éclat sans s'épargner le travail. Dans sa longue carrière, on retrouve partout son action, mais sa personne échappe, et il n'est pas toujours facile de se rendre compte du rôle qu'il remplit, môme quand sa présence est assurée. Par les études auxquelles nous nous sommes livré, nous avons la confiance d'avoir suivi sa trace, et par le développement des faits empruntés aux témoignages des contemporains et des sermons eux-mêmes, nous arrivons à lever le voile qui couvre ses mouvements.
Hâtons-nous de prévenir le lecteur que nous ne mettrons pas sa patience à l'épreuve en lui donnant une sèche analyse de tous les sermons connus du P. Bourdaloue; quoique nous en ayons cité un grand nombre, beaucoup d'autres resteront dans l'ombre. Le plus difficile n'était pas de choisir les sermons les plus remarquables, les plus riches en allusions aux événements et aux mœurs du
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temps, ils sont assez connus; l'important pour nous était de trouver un cadre, dans lequel nous pussions faire ressortir et présenter sous leur vrai jour les traits caractéristiques de l'homme, de l'orateur et de l'apôtre; c'est ce cadre, ce programme que nous avons maintenant à exposer, pour mettre le lecteur en mesure de nous suivre avec plus de confiance.
Le travail que nous présentons au public sous ce titre : Recherches historiques et littéraires sur Bourdaloue, contient deux parties.
Dans la première, nous faisons connaître l'homme, son origine, sa famille, son éducation. Nous le suivons dans la vie religieuse, au noviciat, aux études, à la régence, dans les différents offices qui lui sont confiés, en province et à Paris, où il est fixé définitivement et remplit, avec le succès que chacun sait, la mission dont nous avons à rendre compte.
Cette première partie est une biographie complète du P. Bourdaloue, accompagnée d'appendices, où Ton trouve des détails utiles pour Tintelligence des faits que nous avons à raconter.
La seconde partie expose les diverses œuvres du P. Bourdaloue ; elle comprend quatre livres.
Dans le premier, nous étudions son œuvre litté-
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raire. Nous commençons par dire un mot des progrès de l'éloquence de la chaire à Paris, depuis les premières années du siècle, jusqu'à l'apparition de Bourdaloue dans les chaires de la capitale.
Avant d'aller plus loin, nous répondons à une question qui peut être soulevée : Avons-nous les œuvres authentiques du P. Bourdaloue? La réponse est affirmative avec quelques restrictions que suggèrent les méthodes adoptées par les éditeurs du dix-septième siècle.
Revenant à Bourdaloue orateur, nous examinons les caractères de son éloquence. Nous plaçons en premier lieu la vogue dont il a joui, vogue universelle et permanente qui le place au premier rang des orateurs de son siècle. Ses qualités personnelles, disons mieux, ses vertus toutes sacerdotales, en font l'orateur par excellence, défini par les anciens, mr bonus dicendi peritut; à l'art de bien dire, il joint le mérite de bien vivre; sa parole est toute resplendissante de foi, de raison et de bon sens, et ce qui lui donne un succès merveilleux, c'est qu'il ne poursuit qu'un seul but, avec une constante énergie : la réforme des mœurs publiques.
Quant à la méthode, nous ne nous faisons pas illusion, elle est compassée. L'orateur énumère avec un soin trop scrupuleux les diverses parties du squelette qu'il doit animer de son souffle puissaut. Malgré cette servitude que Bourdaloue s'impose, personne n'est plus libre dans ses mouve-
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ments; les riches expositions de doctrine, les mouyements d'éloquence, arrivent à son commandement, suivant les exigences du moment et de l'auditoire, et toujours ils sortent des entrailles du sujet. Nous terminons par des observations sur le style du P. Bourdaloue , nous voulons dire sur sa diction^ qui était nette mais rapide; son action^ qui était parfois exagérée, mais entraînante; et nous donnons quelques exemples de Y onction de sa parole.
Le deuxième livre expose l'œuvre apostolique de Bourdaloue à la cour de Louis XIY. Nos recherches puisent tout leur intérêt dans l'importance des personnages en présence, et dans le résultat final de la mission de l'orateur. Le chapitre premier, met l'orateur en présence du roi, et nous affirmons, avec preuves à l'appui, qu'il a été l'instrument le plus efficace de sa conversion.
Devant Louis XIY, Bourdaloue procède avec une méthode qui se ressent de l'étiquette de cour, en ce qu'elle a de sensé ; il parle avec respect, avec noblesse, mais toujours avec autorité; il gagne à chaque discours le terrain qu'il veut gagner. S'il ménage les susceptibilités royales, c'est qu'il sait que le vice du roi tient plus au défaut d'éducation qu'à la perversité du cœur ; il arrivera cependant à son but, et le pénitent lui saura gré de n'avoir pas brisé le roseau du premier coup.
Il ne ménage pas les leçons aux courtisans, non plus qu'aux femmes qui escortent le souverain ; il
leur tient un langage sévère, parfois dur ; et, dans un temps et dans un lieu oh elles dominent seules, il les traite avec l'autorité et le dédain que méritent leurs scandales.
Le ministère du P. Bourdaloue n'est pas renfermé dans l'enceinte de la Cour : c'est à la Ville qu'il donne plus librement carrière à son zèle.
Ici nous le retrouvons, docteur, réformateur et consolateur.
Le livre troisième expose la mission de Bourdaloue dans le monde, surtout à Paris, oii il a presque toujours vécu.
Devant la société parisienne, il traite des devoirs de la famille ; de la vie chrétienne, opposée à la vie scandaleuse du temps; s'il va dans le monde, il ne se livre pasf il se prête à ses amis ; quand il se rend à Bâville^ au château de Lamoignon, on sait les intentions qui le conduisent; c'est la reconnaissance, c'est un noble retour d'amitié, c'est le légitime désir de porter en tout lieu la bonne odeur de la vertu solide et aimable.
Il plaide la cause du clergé, demande des secours pour assister les séminaires en fondation, et travaille à la réforme des mœurs cléricales.
Les communautés religieuses l'appellent souvent pour célébrer les vôtures ou les professions, soit au Garmel, soit à la Visitation Sainte-Marie, soit dans les autres monastères de la capitale.
On recherche sa direction, et il se prête à ce mî-