PRÉFACE XXI
nistère délicat dans la mesure de ses forces et de son temps. A cette occasion, nous suivons Bourda* loue dans ses rapports avec M'"'' de Maintenon et nous montrons quelle heureuse influence il a exercée sur cette femme célèbre et trop peu connue.
Le P. Bourdaloue consacre aussi une notable partie de son ministère aux œuvres de charité. Dans les assemblées, il use de sa haute autorité auprès des dames, pour leur imposer la charité envers les pauvres, envers les orphelins et les enfants abandonnés, envers les prisonniers les plus vulgaires et les prisonniers d'Ëtat; il se rend au chevet des moribonds qui demandent, en grand nombre, la consolation de mourir entre ses bras.
Dans le quatrième livre de la deuxième partie de l'ouvrage, nous étudions FOEuvre polémique du P. Bourdaloue. On trouvera, sous ce titre, les discours ou extraits de discours dans lesquels, avec sa lucidité et sa fermeté ordinaires, Bourdaloue combat les grandes erreurs du temps avec leurs conséquences morales : le protestantisme, le jansénisme et cette société dangereuse de prêtres politiques et courtisans que Ton a désignés depuis sous le nom
de gallicans.
Que pense Bourdaloue du protestantisme en France, à la fin du dix-septième siècle? L'erreur importée d'Allemagne et de Genève, fomentée en France par les Anglais et les Hollandais, aspirant^ sous des prétextes spécieux, à bouleverser l'ordre
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des gouvernements, le protestantisme, en un mot, n'est à ses yeux qu'une insurrection, qui demande la lumière et Tinstruction pour les égarés, et la fermeté contre les agitateurs. Il y va du salut de la France et de la religion .
Bourdaloue, en parlant des missionnaires envoyés par tout le royaume pour ramener à la vérité les frères égarés, nous fait connaître le véritable esprit du catholicisme; et dans l'éloge de Henri de Gondé, il nous dit quel jugement il faut porter sur cette horde de barbares soudoyés par les ennemis du pays, qui entraînaient à leur suite un pauvre peuple ignorant et victime, alors comme aujourd'hui, des tribuns et des sophistes.
La mission du P. Bourdaloue à Montpellier, entreprise par ordre du roi, méritait une mention à part; nous entrons à ce sujet dans des détails inconnus jusqu'ici. Nous commençons par exposer la marche envahissante de l'erreur dans le Languedoc, les conspirations, les intrigues des Hollandais pour attirer à eux, non pas des ouvriers habiles, mais des soldats contre la France; nous recueillons l'opinion du temps dans toutes les classes de la société.
Enfin, le P. Bourdaloue arrive à Montpellier en 1686, il y prêche le Carême; tous les mémoires attestent l'accueil qui est fait au Prédicateur envoyé par le rai. Bourdaloue, dès son premier discours, proteste contre cette affluenoe qui ne prouve, suivant lui, qu'une grande curiosité et non point le
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désir sincère de se convertir : <( Eh bien soit, répond-jl, dans un chaleureux langage , venez entendre un orateur auquel vous faites une célébrité qui le touche peu, mais faites ce qu'il vous dira : Laudas tractantem^qucdrofacientem.ù II leur parlera de la fin de rhomme, de la loi du jeûne ou de la mortification chrétienne, de la parole de Dieu, de l'Eucharistie, de l'obéissance à l'Église, du culte des saints, de la prière pour les morts, du purga-* toire.
Les détails de cette mission méritent d'être suivis ; si les résultats ne furent pas ce que l'on pouvait espérer, le germe d'un retour fut répandu sur cette terre , où les mauvaises herbes finirent par ôtre étouffées. Les événements dont nous exposons le récit, montrent aussi combien étaient pures les intentions du roi, combien honnêtes et chrétiennes étaient les mesures prises pour arriver à rame^ ner les dévoyés à la foi traditionnelle, avant la lever de boucliers qui amena de cruelles représailles.
Une autre secte ennemie de l'Église et de la France, le janténùme^ trouva dans le P. Bourdaloue on adversaire redoutable. Quoique des critiques modernes aient voulu donner le change à l'opinion publique, en mettant le P. Bourdaloue au nombre des hommes qui ont fait honneur à l'école de Saint-Gyran, il n'est personne un peu sensé qui confonde la iévériié chrétienne du P. Bourdaloue avec
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la sévérité draconienne et hypocrite de l'école de Port-Royal. •
L'histoire de la lutte que Bourdaloue a soutenue contre l'école de Port-Royal, commence par un court récit de l'établissement du jansénisme à Paris et de ses progrès jusqu'en 1669, date de la paix de Clément IX ou de l'Église, et date de l'arrivée de Bourdaloue à Paris. Nous donnons les noms des partisans du jansénisme à la Cour, à la Ville, dans l'Église, et de ses prédicateurs au moment oh Bourdaloue apparaît.
L'orateur exposera lui - même les doctrines de l'Église contre les erreurs de la nouvelle école, sur la grâce, sur la prédestination, sur la morale chrétienne, le rigorisme pratique, la fréquente communion dans le sens des jansénistes, enfin sur la dévotion à la sainte Vierge.
Le gallicanisme qui conduisait à l'asservissement de l'Église, n'aurait pas traversé près de deux siècles entouré du respect de quelques hommes sérieux, s'il avait été possible de voir dès le premier jour et de connaître bien clairement le but des promoteurs; ses apologistes actuels sont assez connus pour dissiper les doutes et pour convaincre tout homme de bonne foi que les tenants de cette erreur schismatique, n'ont jamais pu avoir un but avouable, ni au point de vue religieux, ni au point de vue politique. La conduite des Golbert et des Letellier, ministres et prélats, auteurs des Assem-